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Alors que faire, penser, voir devant Sin City, le film ? Pas grand-chose. Un bombardement monochrome d'images mouchetées ou tachées de couleurs sature le cerveau jusqu'à annihilation de la perception. On croule sous une nostalgie obsessionnelle et adolescente du pulp, transformant le néo-noir en variations de vignettes où les jeux d'ombres se succèdent jusqu'à la confusion. Tout Sin City procède d'une logique de la saturation-annulation. Les cadrages délirants s'enchaînent et se précipitent de manière incontrôlable, les éléments de l'univers se succèdent sans pause jusqu'à ne rendre qu'une seule et même tonalité d'ambiance. Noir, blanc, couleurs, zébrures, contrastes, négatif en répétition donnent à voir une logique de surenchère plastique où l'esthétique du film (et donc la BD), quoique intrigante, finit par provoquer lassitude et ennui. La violence peut bien se déchaîner dans des moments d'extase hyper stylisés, la surface est si lisse que l'œil glisse. Plouf, on regarde sa voisine, presque plus sexy que les poupées érotiques du film (saison oblige).

Il y a dans cette adaptation transie une fascination certaine, un acharnement de la part de Rodriguez et Miller à ne rien laisser dévier du projet originel. Malheureusement, ce film de salon (bricolé chez soi entre amis), avec son ambiance de plateau encore plus artificielle qu'à la grande époque des studios, relève du faux exploit. La machine se contente de reproduire le trait de la main en insérant des corps et des visages vivants, et réduit l'écart possible entre le référent (la BD) et le cinéma, pour donner l'idée qu'ils ne font plus qu'un. Mais si cette animation de bande dessinée constitue en soi un pari novateur, elle oublie tout de la question du temps. Car la différence fondamentale entre la BD et le cinéma, c'est que la première relève du découpage et le second du montage. Sin City le film n'est donc qu'une sorte de découpage où l'image de synthèse n'offre que la possibilité du mouvement - du déplacement dans l'espace -, mais pas du temps, en tant que durée perceptible et significative. Du coup, Sin City paraît figé, dans un élan nostalgique poussant Miller aux surfaces et clichés du noir. Cette absence de temps nuit au film, qui n'arrive pas à se transcender pour offrir un projet graphique crédible. Trop près de son objet, Sin City n'évoque donc que ses propres fantasmes. Des fantasmes a priori captivants où l'image et l'illusion règnent, mais dont étrangement on peut se sentir complètement étranger.
Sin City
Un film de Robert Rodriguez et Frank Miller (et Quentin Tarantino)
Etats-Unis, 2005
Durée : 2h03
Avec Bruce Willis, Mickey Rourke, Rosario Dawson, Benicio Del Toro, Owen Wilson, Jessica Alba, Devon Aoki, Nick Sthal, Brittany Murphy...
Sortie en salles France : 1er juin 2005
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