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Le projet était attendu et avait tout de séduisant, mais on craignait quand même un peu la naïveté de Michel Gondry. On ne s’est pas trompé, Soyez sympas, rembobinez tient d’une fable morale et mignonne où un cinéma bricolé vient au secours de la réalité.
Il y a au moins une chose qui mettra tout le monde d’accord avec Soyez sympas, rembobinez, c’est la traduction littérale mais quand même bien balourde de son titre original, Be Kind, Rewind, qui désigne l’incitation des vidéoclubs à leurs clients de rembobiner les VHS qu’ils ont louées. Pour le reste, le seul nom de Michel Gondry suffit d’emblée à attiser autant la curiosité que le scepticisme. Certes ses clips ont largement prouvé ses talents de plasticien, au cinéma on est plus hésitant : régression poussive, candeur complaisante, effets visuels aussi brillants que démonstratifs et parfois vains, bref du cinéma mécano qui voudrait reproduire la jubilation naïve des premiers temps mais qui repasse plutôt par la case maternelle. Ici, le projet s’inscrit dans cette même voie : retrouver la joie de la découverte d’un cinéma bricolé, puéril mais authentique dans son geste, et surtout fédérateur. D’où le rembobinez du titre (retour en arrière), pas si innocent que ça.
Les remakes fauchés
Le pitch donne autant envie qu’il laisse à craindre : suite au sabotage raté d’une centrale nucléaire, Jack Black est magnétisé et efface malgré lui le contenu des VHS d’un vidéoclub vétuste d’un quartier d’une petite ville du New Jersey. Pour compenser et répondre à la demande des clients, avec son pote Mos Def, ils décident de tourner des remakes fauchés des films de leur catalogue : Ghostbusters avec des guirlandes de Noël et des costumes en papier alu, Rush Hour 2 dans un jardin d’enfants, 2001 avec un frigidaire comme monolithe, etc (tout ça est rigolo un moment). Le succès est foudroyant, tout le quartier en raffole et participe volontiers au tournage. On comprend ainsi vite la motivation sous-jacente du film : la promotion d’une authenticité, perdue parce que noyée par le mercantilisme et le formatage des studios. C’est un peu la défense du petit commerce de proximité et de son artisanat contre la méchante industrie, ou la défense, naïve, de ce qui crée encore du lien social.
Trip associatif
Mais derrière ce premier projet s’en cache un autre, dans la même lignée quoique plus nostalgique et surtout plus morale : sauver l’immeuble où se situe le vidéoclub de la démolition en rappelant à son quartier une de ses figures mythiques, un jazzman des années trente. Et pour ça, quelle meilleure idée qu’un film auquel chacun participe en imaginant la vie de ce nouveau héros ? Projet social donc, communautaire, pour souder l’ensemble de ses habitants à travers un atelier de cinéma qui finira dans un grand élan collectif et sentimental à la Capra. Dans l’idée et les faits on n’est pas loin d’un trip associatif comme on en connaît beaucoup ici, le cinéma vu par la MJC du coin. Sauf que passer la déconnade des premiers remakes, où Gondry insiste encore sur ce côté cours de récrée (mais débarrassé volontairement de ses tours de force visuels), surgit une étrange vision où l’Histoire et le passé méritent d’être recomposés par la fiction pour sauver la réalité. Au détour d’un dialogue, « le passé nous appartient, on en fait ce qu’on veut », s’insinue alors la tentation d’un révisionnisme mignon et sans conséquence, mais bien réel.
Le cinéma est à tous
Pour Gondry, le cinéma tient ainsi d’un bric à brac où la désacralisation des images est remplacée par une autre, tout aussi fausse mais plus salvatrice parce qu’elle prendrait la défense des petits contre les grands. Rembobinons donc, effaçons nos VHS, récrivons le passé pour revenir au vrai, ce qui a du « cœur », afin de mettre de côté, pour un moment, l’aveugle logique capitaliste qui voudrait détruire cette belle vie de quartier. Soyez sympas, rembobinez tient ainsi du conte, de la fable, et si dans l’idée on a rien contre cette grande promesse démocratique que veut défendre le film - le cinéma appartient à tous, chacun peut en faire une béquille du réel -, il faut avouer que les détours qu’il prend sont intéressants (réalité ou fiction, peu importe, seul le rêve compte), mais en définitive un peu trop puérils. D’autant que dans cette promotion à l’authentique et cette humeur bricolo d’un cinéma cheap se glisse une défaite esthétique dont la tendance latente nivelle dangereusement vers le bas. On veut bien croire que seul l’acte créatif compte et qu’il peut aider à vivre ensemble et nous comprendre, mais là, bizarrement, on a plutôt envie d’être seul.
Soyez sympas, rembobinez
De Michel Gondry
Avec Jack Black, Mos Def, Danny Glover
Sortie en salles le 5 mars 2008

Illus. © EuropaCorp Distribution