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Il y a au moins une chose qui mettra tout le monde d’accord avec Soyez sympas, rembobinez, c’est la traduction littérale mais quand même bien balourde de son titre original, Be Kind, Rewind, qui désigne l’incitation des vidéoclubs à leurs clients de rembobiner les VHS qu’ils ont louées. Pour le reste, le seul nom de Michel Gondry suffit d’emblée à attiser autant la curiosité que le scepticisme. Certes ses clips ont largement prouvé ses talents de plasticien, au cinéma on est plus hésitant : régression poussive, candeur complaisante, effets visuels aussi brillants que démonstratifs et parfois vains, bref du cinéma mécano qui voudrait reproduire la jubilation naïve des premiers temps mais qui repasse plutôt par la case maternelle. Ici, le projet s’inscrit dans cette même voie : retrouver la joie de la découverte d’un cinéma bricolé, puéril mais authentique dans son geste, et surtout fédérateur. D’où le rembobinez du titre (retour en arrière), pas si innocent que ça.
Les remakes fauchés

Trip associatif
Mais derrière ce premier projet s’en cache un autre, dans la même lignée quoique plus nostalgique et surtout plus morale : sauver l’immeuble où se situe le vidéoclub de la démolition en rappelant à son quartier une de ses figures mythiques, un jazzman des années trente. Et pour ça, quelle meilleure idée qu’un film auquel chacun participe en imaginant la vie de ce nouveau héros ? Projet social donc, communautaire, pour souder l’ensemble de ses habitants à travers un atelier de cinéma qui finira dans un grand élan collectif et sentimental à la Capra. Dans l’idée et les faits on n’est pas loin d’un trip associatif comme on en connaît beaucoup ici, le cinéma vu par la MJC du coin. Sauf que passer la déconnade des premiers remakes, où Gondry insiste encore sur ce côté cours de récrée (mais débarrassé volontairement de ses tours de force visuels), surgit une étrange vision où l’Histoire et le passé méritent d’être recomposés par la fiction pour sauver la réalité. Au détour d’un dialogue, « le passé nous appartient, on en fait ce qu’on veut », s’insinue alors la tentation d’un révisionnisme mignon et sans conséquence, mais bien réel.
Le cinéma est à tous
Pour Gondry, le cinéma tient ainsi d’un bric à brac où la désacralisation des images est remplacée par une autre, tout aussi fausse mais plus salvatrice parce qu’elle prendrait la défense des petits contre les grands. Rembobinons donc, effaçons nos VHS, récrivons le passé pour revenir au vrai, ce qui a du « cœur », afin de mettre de côté, pour un moment, l’aveugle logique capitaliste qui voudrait détruire cette belle vie de quartier. Soyez sympas, rembobinez tient ainsi du conte, de la fable, et si dans l’idée on a rien contre cette grande promesse démocratique que veut défendre le film - le cinéma appartient à tous, chacun peut en faire une béquille du réel -, il faut avouer que les détours qu’il prend sont intéressants (réalité ou fiction, peu importe, seul le rêve compte), mais en définitive un peu trop puérils. D’autant que dans cette promotion à l’authentique et cette humeur bricolo d’un cinéma cheap se glisse une défaite esthétique dont la tendance latente nivelle dangereusement vers le bas. On veut bien croire que seul l’acte créatif compte et qu’il peut aider à vivre ensemble et nous comprendre, mais là, bizarrement, on a plutôt envie d’être seul.
Soyez sympas, rembobinez
De Michel Gondry
Avec Jack Black, Mos Def, Danny Glover
Sortie en salles le 5 mars 2008

Illus. © EuropaCorp Distribution
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