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L’homme, le monde, Dieu, le triangle, une trilogie : Spider-Man. On pourrait synthétiser en peu de mots le projet de Sam Raimi qui avec ce troisième épisode atteint son acmé. Ce qui au départ fût un grand projet sériel, initiateur d’un retour à une dimension mythologique et humaine, qui par la suite influença la plupart des adaptations de comics, atteint ici une forme de plénitude, de finitude, d’harmonie. Avec Sam Raimi, qui a su réunir comme jamais à Hollywood à la fois les contraintes d’une adaptation, le spectaculaire exigeant d’un blockbuster et ses aspirations d’auteur, la série a atteint la dimension d’une œuvre. Un tout d’une cohérence inébranlable, infaillible, totale. Partant déjà d’une légende, Raimi a su créer la sienne.
Après la découverte des pouvoirs comme métaphore filée de l’adolescence dans le premier, et la réflexion sur leur usage dans le second, ce troisième épisode vient résoudre ce que les précédents ont laissé en suspens, tout en imaginant les suites du drame amoureux entre Peter et Mary-Jane. Mais ceci, Sam Raimi le fait comme en jetant un coup de filet qui embrasserait d’un regard cette trilogie en train de s’achever. Tout devient ici ténu à l’extrême, d’une densité folle. Rien ne vient appesantir la marche pressée du récit qui doit synthétiser en 2h20 un nombre invraisemblable de péripéties. Sam Raimi compresse son film où se croisent de multiples personnages sans jamais s’embarrasser du superflu. Chaque scène d’action tient par sa logique, sa relation ou ses conséquences liées aux personnages. Rien n’est gratuit, tout prend sens, chaque chose a sa raison d’être, ses causes dans le passé de la série ou le présent épisode. Tout est d’une transparence parfaite. Une boucle mesurée.
La force de Spider-Man 3 tient à l’achèvement d’un mouvement.
Instigué par les premiers épisodes, celui-ci avait su faire coexister l’ordinaire et l’extraordinaire, l’être et le monde, le psychologique et le politique, la romance et l’action. Le film tient ici son pari de faire un dernier tour de piste de ses thèmes, tout en explorant un peu plus la dualité de chaque problème. Du triangle amoureux entre Peter, MJ et Harry, à Sandman ou Venom, tout est motivé par une volonté de saisir en quelques traits leur nature et leurs actes, la somme de leurs ambivalences et de leurs sentiments, ou encore leur place dans la société et la manière dont ils s’y projettent. Aussi, si Raimi survole peut-être son héros contaminé par le symbiote éveillant sa part maudite (refoulement, désir de vengeance), c’est moins pour les contraintes du scénario que par une recherche de simplicité. Une volonté de traiter son oeuvre avec un certain classicisme, où les réponses seraient toujours détenues par l’action, clé de sa métaphysique.
Ce travail d’épure habitant une tragédie télescopée par le réalisme et la fantaisie, Sam Raimi l’élabore tout en ne pliant jamais sur sa propre fascination de l’image, ses effets, ses possibilités techniques. De Sandman, l’homme sable capable de se dissoudre ou se métamorphoser, à Venom, double obscur du héros ayant pris possession du corps d’un autre, tout en passant de Spider-Man (bon ou mauvais) au nouveau Bouffon vert, chaque personnage est un potentiel formel. Un corps dont les pouvoirs permettent à Raimi l’invention d’une action encore plus expérimentale. Ici plus d’horizontalité ou de verticalité, le film renverse toutes les lois euclidiennes ou d’apesanteur, toujours avec une lisibilité incroyable, une mesure de l’effet et de son impact presque scientifique. Même perdus dans l’action, les corps émergent, se blessent, souffrent, l’intensité d’un regard transperce. Sam Raimi continue de nous parler de dilemmes existentiels même lorsqu’il s’agit de découper un building à la grue.
Spider-Man 3 achève ainsi une série qui malgré la volonté des studios ne peut plus avoir de suite. Trop pleine, ronde, achevant les perspectives ouvertes par ses thèmes jusqu’à clore sans prolongation possible sa dimension chrétienne (tout n’est ici que sacrifice, tentation du mal, pardon, amour et réconciliation), elle n’a rien à ajouter. Toute tentative de surexploitation ferait chanceler l’édifice parfait de Sam Raimi. Cette approche pure, simple, mélange de quotidienneté, d’intimité et de démesure héroïque débordante d’illustration symbolique, ne tient que par cet équilibre fusionnant les contraires. Il faut toujours laisser ses héros dans leur moment de grâce et faire un trait sur sa mélancolie.
Spider-Man 3
Réalisé par Sam Raimi
Avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, James Franco
Etats-Unis, 2007
Sortie en salles le 1er mai 2007

Sur le web : - Site officiel
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