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Contraints de s’arrêter sur la planète Tatooine pour réparer leur vaisseau, le maître Jedi rencontre un môme plutôt éveillé pour son âge, Anakin Skywalker, esclave bricolo pour le compte d’un ferrailleur au look de grosse mouche dégueulasse. Là, à moins d’être entré dans le Livre des Records comme le plus grand mangeur de vache folle, tout le monde comprend que le petit blondinet est le futur Dark Vador, la grosse enflure de la trilogie originale. Du coup, on se sont déchiré entre le désir de coller le gosse à la cave et celui de laisser s’épanouir. Le rythme imposé au spectateur le distrait vite de cette question métaphysique. R2-D2 continue de faire le mariole, doté du prestige que lui confère son entrée en héros dans la saga. Droïde de combat, ordinateur de bord des navettes spatiales, c’est lui qui répare le vaisseau dans lequel s’enfuit la Reine Amidala, en plein combat, jouant les soudeurs au milieu de l’espace. Forcément, on s’attache. C-3PO, lui, est le robot fabriqué par Anakin Skywalker à partir de pièces détachées. Il n’est pas encore fini à la fin de l’épisode : on se demande bien comment il réussira à s’incruster dans les suivants, alors que son maître l’a laissé sur Tatooine.

La petite virée sur Tatooine fonctionne comme une digression dont l’objectif est certes d’ouvrir de nouveaux schémas narratifs (l’arrivée d’Anakin dans l’épopée) mais aussi – et surtout – de plonger le spectateur dans un univers fantasmatique fonctionnant comme un monde en soi. Sur le modèle classique des épopées (voir la ballade d’Ulysse), les héros passent d’un univers à un autre (les planètes constituent en cela des lieux spécifiques aisément identifiables, avec leur faune, leur population, leurs paysages, leurs villes et leurs mœurs caractéristiques) pour y vivre des expériences qui enrichissent le récit de symboles (exemple : il faut savoir quitter sa mère). Tatooine, déjà présente dans les trois épisodes de la Trilogie originale, apparaît ici dans toute sa splendeur. Au début des années 80, Lucas n’avait pu recomposer qu’une ou deux rues de Mos Eisley, plantée au milieu du désert, cité mauresque plombé par le soleil où Han Solo, et maintenant Qui-Gon Jinn, vivent leurs aventures au milieu de tous les ratés de la Galaxie, tous les brigands, gros Hutts, Jawas et autres bestioles.
La numérisation quasi-complète du film n’est pas choquante. Les manies de Lucas agacent davantage : les duels au sabre lumineux sont convenus, et plutôt ringards. Le nouveau méchant, Dark Maul, est franchement ridicule en bouc peinturluré tout droit sorti d'un concert de Metallica. Les mimiques de Jar Jar, enfin, finissent par devenir insupportables, proches des excès grotesques d’un Asterix Clavierisé.
Parmi les scènes les plus captivantes du film, les fans de jeu vidéo retiendront d’abord la course de char, à laquelle participe le jeune Anakin, dans une joute digne des jeux du cirque romains. Les concurrents, belliqueux, s’affrontent dans des mini-navettes propulsées par deux réacteurs traînés dans leur sillage par des câbles. Ces dragsters volants se faufilent dans les montagnes et les canyons à des vitesse vertigineuses (d’où l’intérêt de maîtriser la Force, pour conduire à l’instinct, sans réfléchir).
La cité sous-marine des Gungans, constituées de multiples bulles lumineuses et poreuses, fascinera les midinettes nostalgiques d’Abyss. Mention spéciale tout de même pour le Sénat de la République, incroyable puits de métal sur les parois duquel sont attachées des nacelles où siègent les délégation de chaque planète appartenant à la République. Lorsqu’un orateur prend la parole, sa nacelle flotte jusqu’au centre du puits, accompagnée de caméras vidéos volantes qui retransmettent les débats. Cette métonymie de la galaxie est le lieu d’une scène hallucinante, où la Reine vient demander le soutien du Sénat lors d’une séance tumultueuse, alors que la République, déjà fragilisée, montre sa faiblesse, son inertie, son incapacité à mettre au pas les factions criminelles qui la composent.
La fin est plutôt judicieuse. Lucas place l’action finale sur quatre tableaux : une bataille terrestre entre Gungans (le peuple de Jar Jar) et Droïdes, une bataille spatiale au-dessus de la planète Naboo entre les forces royales et les vaisseaux de la Fédération du Commerce, une action commando conduite par la Reine dans son Palais pour y capturer ses ennemis et, enfin, un duel entre les deux Jedi et Dark Maul. Les rythmes des quatre actions sont interdépendants. Le côté obscur de la force s’impose simultanément dans les quatre tableaux, avant que ... vous verrez.
Kzino
Vivement 2010 !
J’ai mis longtemps avant de voir Star Wars. Le jour où j’ai comblé cette béance culturelle, j’eus le bonheur de retomber en enfance. Amoureuse d’Harrison Ford, je rêvais d’avoir des choucroutes aussi sexy que celles de Carrie Fisher. Un peu triste de n’avoir pas connu ça plus tôt, je me disais que j’aurais peut-être un peu plus compris les choses de la vie dans ma cour de récré…
Il est des films comme ça qui nous font regretter d’être déjà grands quand on les voit. Quand j’ai entendu pour la première fois ce qui n’était encore qu’une rumeur, l’existence d’un épisode –3, j’ai été franchement ravie. D’abord, on réentendrait les épées qui font vvvm, et en plus, on aurait la trouille, on rêverait d’aller dans l’espace, on serait amoureux des héros, bref, tout comme au cinéma avec les pop-corns en sus, dans la grande tradition du film d’aventure. En plus, cette fois, je serais dans le coup, sans aller jusqu’à être membre des Starwarsophiles, je comprendrais leur langage : une nouvelle vie allait commencer pour moi !Aujourd’hui, le film sort sur nos écrans de cinéma, alors que depuis juin, tous les inconditionnels du monde le voient sur leur PC via Internet sur une fenêtre de 10 cm sur 15. Le film ? S’il est bien ?

Pas moi. Ainsi, le prix du zen et de ma tranquillité cinéphilique, je le paierai par une mise à l’écart sociale. La solution, sera d’aller voir les épisodes -3 , -2 et -1 en dehors de leur actu. Vivement 2010.
Anne Laure Bell
Star wars, la menace fantôme
De George Lucas
Avec Liam Neeson, Ewan McGregor, Natalie Portman
Etats Unis, 1999, 2h13.
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