Starsky et Hutch de Todd Phillips


Critique

Note du film  par la rédaction

Lecteurs

Note du film  par les lecteurs

Votre note

Le disco, le soleil et les vieilles baskets



Après Charlie's angels et avant La croisière s'amuse, Shérif fait-moi peur et Ma sorcière bien aimée, voici Starsky et Hutch. Dernier produit sorti de studios qui ont définitivement abdiqué devant la télévision, c'est un film gadget qui surfe la mode rétro des années 70. L'intérêt est du niveau des émissions pseudo-nostalgiques de nos chaînes hertziennes, même si on s'y amuse un peu, en particulier grâce à Ben Stiller.
Le cinéma hollywoodien s'essouffle, c'est un fait. En ne sachant plus ce qu'il est, ni ce qu'il veut, il court plusieurs lièvres à la fois. Il lorgne vers le jeu vidéo, empruntant sa forme et surtout devenant un support de vente pour produits dérivés. Il s'acoquine avec une télévision qui jusqu'alors était son principal concurrent en matière d'"entertainment". Il se cherche sans se trouver. Au fil des années, il a perdu de sa substance pour ne plus devenir qu'un prétexte, une raison donnée à autre chose. Prétexte à vendre, à rejouer le passé, à refaire en plus grand ce que le petit écran avait déjà commis, à récidiver en somme… Starsky & Hutch se résume à cette tendance.

C'est avec un soin consciencieux qu'ont été reconstitués les années soixante-dix et ses oripeaux. La mise en scène est en soi un pastiche des séries qui fleurissaient dans nos postes de télévision, souvent encore en noir et blanc. Sur fond de musique synthétique, on "zoome" à tout va sur les immeubles californiens pris en plan large, pour y découvrir quelque méchant complotant un nouveau trafic. Les cols des chemises sont très grands et les marques des vieilles baskets bien visibles. Il fait beau, le soleil flamboie. On surfe en plein sur la vague "années 70", avec deux ou trois amorces vers des parodie de La fièvre du samedi soir et de Easy rider. Le film Starsky & Hutch, comédie policière qui parvient à nous arracher quelques rires, est un véhicule à nostalgie populaire et ne prétend pas être chose. D'une certaine manière, cette modestie est une qualité qu'il faut lui reconnaître. Tout y est dévolu au plaisir de la mode et de la sous-culture. Et, comme cette tendance rétro recoupe les goûts de la population dite "gay", l'hétérosexualité des deux héros est mise à mal, Starsky devenant un flic à tendance obsessionnelle n'ayant pas résolu son rapport à la mère.

Paradoxalement, par ce type d'entreprise, la culture populaire se trouve à la fois sacralisée, y compris dans ce qu'elle a de plus industrielle, et instrumentalisée. A ce titre, le film de Todd Phillips est le prototype du film gadget. Que Ben Stiller s'en donne à cœur joie et qu'Owen Wilson reste fidèle à lui-même, c'est-à-dire incolore et inepte, importent peu. L'objet n'est que prétexte à un passage de relais entre le petit et le grand écrans, à une transition entre un temps où le cinéma se rêvait en source d'images dominantes et une époque, la nôtre, où il n'est plus qu'un petit producteur de médias parmi d'autres, un dinosaure ayant laissé de côté toute ambition.

Starsky & Hutch
Un film de Todd Phillips
Avec : Ben Stiller, Owen Wilson, Vince Vaughn, Juliette Lewis, Snoop Dogg, Jason Bateman, Fred Williamson, Carmen Electra, Amy Smart.
Sortie nationale le 21 avril 2004

Manuel Merlet Le 21 avril 2004
- Consulter les salles et séances du film sur Allociné.fr - Le site officiel du film - Lire la chronique du mythique Easy rider de Dennis Hopper (1969)