Still Walking de Kore-Eda Hirokazu


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Famille je vous hais(me)



Sur les traces des faux calmes Ozu, Naruse et même Jiro Taniguchi, le réalisateur de l'hypnotique Nobody knows confirme tout le bien qu'on pensait de lui avec Still Walking, superbe drame familial hanté par la mort. Avec en prime, l'un des plus (drôle et) beau portrait de grand-mère de l'histoire du cinéma !

- Voir l'entretien avec Kore-Eda Hirokazu 

Il fait beau sur Yokahama, la jolie ville côtière japonaise où s'arrête, l'espace de 24 heures, le dernier film de Kore-Eda Hirokazu. La chaleur est presque palpable, figeant le temps dans une sieste aimable. Un vieil homme descend lentement la colline, par petits pas prudents, en soufflant à chaque marche de l'abrupt escalier, l'essentiel étant qu'il marche toujours. Autour de lui, la nature rayonne sereinement comme dans un roman graphique de Jiro Taniguchi, à l'ombre des arbres, qui bruissent doucement. Le parfum des fleurs se diffuse paresseusement, un nuage passe, tandis qu'une famille ordinaire se retrouve pour commémorer la mort tragique du frère aîné quinze ans plus tôt.

Citadelle de non-dits

La tristesse ne semble pas vraiment habiter les personnages, plutôt enjoués. En réalité, derrière l'insouciance apparente des premières scènes de cuisine, rituelles et rieuses, c'est la hantise de décevoir ses proches qui domine. Le fils cadet Ryôta, restaurateur de tableaux au chômage, est plus inquiet par cette visite annuelle que sa femme, pourtant elle aussi très stressée : veuve et mère d'un enfant issu d'un premier lit, elle n'a encore jamais rencontré les parents de son nouveau mari. Un peu égoïste, perdu dans ses pensées au point de négliger sa femme qui a besoin de lui pour porter les bagages, Ryôta a peur de décevoir son père. En effet, le vieux médecin bougon n'a toujours pas accepté la mort de son fils aîné, destiné à prendre sa succession dans le métier... Comme le héros du récent Tokyo Sonata (film qui partage avec Still Walking l'inquiétude sociale du Japon moderne), Ryôta cache ses problèmes, et ment. Telle une petite souris, Kore-Eda s'immisce dans la maison des grands-parents, en haut de la colline. L'air s'y fait plus rare, vicié par le temps et les regrets, comme la lumière estivale, qui peine à percer dans cette citadelle de non-dits.

Mémé extraordinaire

C'est dans cette bulle de temps que la parole va émerger. Le cinéma d'Ozu, spécialiste nippon du drame familial sous cloche, imprègne fortement ces plans immobiles d'intérieurs japonais, secoués par les sentiments. Mais Kore-Eda, qui vient du documentaire, a sa touche à lui, un style faussement apaisé, troué d'inserts aux couleurs vives : jaune du maïs et des papillons, vert des haricots, rose des fleurs. Le cinéaste nippon exerce une fascination subtile, profondément émouvante. Car malgré une harmonie de surface, les conflits larvés entre générations ne tardent pas à ressurgir. Le grand-père ne parvient pas à communiquer avec son fils Ryôta, qui lui même a du mal à parler avec son fils adoptif. En chirurgien du comportement, Kore-Eda saisit ces petits moments d'émotion mêlée de gêne, lorsque père et fils se retrouvent seuls à table, et ne savent pas trop quoi se dire, hormis un « ça va l'école ? » suivi d'une réponse vague. La magnifique scène du bain, réunissant un peu contre leur gré Ryôta et son fils dans un espace clos et silencieux, répond à une autre scène de bain, bouleversante : l'atrabilaire grand-père comprend alors pourquoi sa femme chante en secret la même chanson populaire, depuis tant d'années.

Cette femme, c'est Toshiko, la grand-mère : une des plus extraordinaires mémés de l'histoire du cinéma. Impitoyable avec son mari - elle est la seule à savoir le remettre à sa place, et le contredit dès qu'il s'apprête à fuir dans son dérisoire cabinet de travail - Toshiko ne manque ni de répartie, ni d'humour. Son visage, plissé au bout d'un long cou comme celui d'une tortue, fait dignement façade devant son insondable chagrin de mère au fils disparu. Mais Kore-Eda n'en fait pas non plus une sainte, loin de là : mère blessée, elle s'obstine à martyriser le pauvre bougre que son fils avait sauvé, 15 ans plus tôt, au sacrifice de sa vie. En cela, Still Walking contient un magnifique portrait de femme, dans la lignée dumaître en la matière, Mikio Naruse. De manière personnelle, Kore-Eda rend un bel hommage à sa mère, décédée il y a peu, tout en peignant le tableau juste et poignant d'une famille disloquée par le deuil.

Still Walking
De Kore-Eda Hirokazu
Avec Hiroshi Abe, Yoshio Harada, Kirin Kiki
Sortie en salles le 22 avril 2009

Illus © Pyramide Distribution

 

Eric Vernay

Le 20 April 2009
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Casting de Still Walking

Réalisateur : Kore-Eda Hirokazu
Avec : You, Hiroshi Abe, Yoshio Harada, Ryôga Hayashi, Haruko Kato, Kirin Kiki, Yui Natsukawa, Hotaru Nomoto, Kazuya Takahashi, Shohei Tanaka, Susumu Terajima ...



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