Fermer

Summer of Sam

Critique

Lecteurs

Votre note

La bohème

Summer of Sam, c'est l'été 1977, l'un des plus chaud de l'histoire de la ville de New York. C'est aussi l'année où sévit le "tueur au calibre 44" (le fameux Sam du titre). Spike Lee filme avec beaucoup de nostalgie la vie d'un petit groupe d'amis du Bronx, un quartier de la Big Apple, ville qu'il aime par-dessus tout. Histoires de cœurs et de culs, problèmes d'identités et de ségrégations… Tout cela correspond bien son à l'univers.

Mais le réalisateur de Do the right thing et de Malcolm X change son fusil d'épaule. Certes, il reste proche du petit peuple et de la critique sociale, mais il donne à sa dernière réalisation une tonalité nouvelle.

Summer of Sam s'ouvre sur une scène extraordinaire. Un couple, Mira Sorvino et John Leguizamo tous deux magnifiques, se rendent en boîte de nuit comme tous les samedis soirs. La caméra de Lee est légère, virevoltante, comme celle de De Palma dans Carlito's Way ; Il suit les personnages qu'il filme principalement de dos, comme le faisait Scorsese dans son extraordinaire Mean Streets… Spike Lee digne héritier de la Nouvelle Vague new-yorkaise ? Il s'agit en fait beaucoup plus d'un hommage à cette "école " que d'une appartenance revendiquée. Avec ce début de film, il tire son chapeau aux auteurs qui ont accompagné sa jeunesse et ont modelé son univers futur. Il se retourne avec nostalgie et humour sur son passé, la fin de ces années 70. La parodie est donc constamment présente dans Summer of Sam et permet d'en démystifier complètement la violence. Les séquences qui mettent en scène le tueur en série sont d'ailleurs de magnifiques petites saynètes volontairement kitsch et désuètes, qui rappellent toute l'esthétique de cette époque.

Pour la première fois, Spike Lee ne filme pas la communauté afro-américaine. Ses personnages sont italiens, de faux mafieux en préretraite qui sentent venir la fin de leur règne. Le grand Ben Gazzara, acteur fétiche de John Cassavetes (un autre auteur de la Nouvelle Vague new-yorkaise), donne corps au parrain local, plus sympathique qu'effrayant. Néanmoins, Summer of Sam reste un film politique. L'ironie et la parodie sont utilisées de façon très intelligente, et le réalisateur y va de son petit discours habituel sur la ségrégation et l'exclusion sociale. Cette fois-ci, la victime de la haine et de l'incompréhension est un jeune punk, crête jaune et nez percé. Ses amis, qui le croient adepte d'une secte, le soupçonnent vite d'être le fameux Sam. Violence gratuite, passage à tabac, exclusion des cafés… tout ce qui était jadis réservé aux afro-américains l'est désormais à ces jeunes qui parlent fort et se maquillent en noir.

Spike Lee nous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. A première vue bien loin des thèmes qui lui tiennent à cœur, le "Woody Allen noir", comme le surnommaient les critiques new-yorkais, réalise ici un de ses meilleurs films. L'intrigue policière est bien vite mise au second rang pour laisser place à un discours social où l'humour occupe une place prépondérante. Drôle, tragique et violent, Summer of Sam est un film riche, un bilan incroyablement complet de notre société : les années 70 ont vu se résorber les actes de ségrégations et triompher la libération sexuelle. Mais rein ne pourra empêcher l'intolérance de progresser. Spike Lee nous pose alors une question simple : sommes-nous près à affronter les querelles du prochain millénaire ? A chaque décennie ses boucs émissaires.

Summer of Sam
De Spike Lee
Avec John Leguizamo, Mira Sorvino, Jennifer Esposito
Etats Unis, 1999, 2h22.

Jonathan Lecarpentier