Sunshine Cleaning de Christine Jeffs


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Miroir aux alouettes



Apparemment, Sunshine Cleaning à tout de la tragi-comédie joliment emballée et parfaitement inoffensive. Mais et si derrière ses leçons de vie et sa petite chronique sociale, se cachait une vision moins noble qu'il n'y paraît ?
Splendeur et misère du cinéma indé américain, dont les limites ont été définies depuis belle lurette. Mais on n'en sort jamais, chaque année déboule le nouveau titre resservant à peu près les mêmes plats. Depuis Little Miss Sunshine et Juno, se dégage toutefois plus ou moins une tendance, assez ancienne en réalité : pour réconforter les petits tracas existentiels d'une vie sans éclat dans les provinces reculées d'Amérique, on recouvre la misère (peu importe laquelle), par une plus grande. Grosso modo, pour noyer les états d'âme, faire oublier les problèmes personnels, affectifs sinon sociaux, on crée l'illusion que dehors, chez les autres, règnent des choses plus graves relativisant les tourments traversés par les personnages. Autrement dit, il y en a toujours plus à plaindre que soi, et tout le monde peut ainsi prendre conscience qu'il faut se satisfaire de ce qu'on a et de ce qu'on est. Sunshine Cleaning n'échappe pas à la règle, il est même le premier VRP de ce catéchisme faussement salvateur. Le ton y est mélancolique, doux, volontaire et généreux. On joue sur l'empathie pour cette jeune mère de famille (Amy Adams), calée entre un amant marié, son boulot ingrat de femme de ménage, une sœur vaguement paumée et un père légèrement allumé.

Afin d'alimenter le récit d'un pitch concept, on lui met dans les pattes un boulot improbable : nettoyer des scènes de crimes avec sa frangine. Soit une manière de creuser en arborescence, sur un mode tragi-comique décalé, la vie des uns et des autres, pour resserrer les liens et dégager en background tout un portrait de famille marquée par la disparition difficile de la mère. La BO n'échappe pas aux voluptés d'un Indy rock forcément de mise, et on prend toujours le temps de ralentir le tempo afin de faire naître une vérité sur le visage des comédiens. Tout ça est bien joli mais inoffensif, voire nul. En utilisant les scènes de crime pour adoucir l'existence de cette classe moyenne, Christine Jeffs ne la fait pas grandir, elle la recouvre d'un écran de fumée. Une tactique pas franchement noble, plutôt facile, tendant le miroir aux alouettes d'une comédie sociale et psychologique où l'on dissout la réalité, jamais foncièrement interrogée ou filmée, en jouant sur une sensiblerie entendue et pratique. En ressort une leçon de vie niaiseuse, des tunnels narratifs où les enjeux s'enlisent, des personnages attachants mais sacrifiés, et au final un sentiment de pas grand chose, pire de pragmatisme fallacieux. Sur un mode certes plus âpre, mieux vaut revoir Wendy and Lucy.

Sunshine Cleaning
De Christine Jeffs
Avec : Amy Adams, Emily Blunt, Alan Arkin
Sortie en salles le 10 juin 2009

Illus © Surreal Distribution

 

Jérôme Dittmar

 

Le 08 juin 2009
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Casting de Sunshine Cleaning

Réalisateur : Christine Jeffs
Avec : Amy Adams, Emily Blunt, Alan Arkin, Jason Spevack, Steve Zahn, Mary Lynn Rajskub, Clifton Collins Jr., Eric Christian Olsen, Kevin Chapman, Richard Barela, Christine Begay, ...



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