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Tenacious D in The Pick of Destiny, c’est un peu la quête du Graal revisitée sur fond de métal. Un film très parodique qu’on accueille avec un train de retard vu que le duo Jack Black et Kyle Gass est connu depuis dix ans aux Etats-Unis. Et c’est bien ? Pas vraiment.
Petit cours de rattrapage. Totalement méconnu en France sauf par les fans hardcore de Jack Black, l’aventure Tenacious D (The D pour les intimes) commence au début des années quatre-vingt-dix. À l’origine, la rencontre entre deux fans de métal, Jack Black et Kyle Gass, qui se font connaître par une série de concerts dans un bar à L.A où ils adoptent leur nom de scène. Leur style est un mélange d’absurde, d’opéra rock, de délires post-ado, en bref un grand bordel décomplexé et grossier que la critique appellera « Mock rock ». Entre 1997 et 2000, le duo fait son entrée à la télévision. Tenacious D devient une mini série diffusée sporadiquement sur HBO, où les deux compères s’inventent des personnages tentant de faire leur place dans le music business. On y croise alors quelques guests comme Pearl Jam ou Beck. Après un premier album et quelques clips avec Spike Jonze derrière la caméra et Ben Stiller devant, Tenacious D devient enfin un film, The Pick of Destiny.
Comme ce truc de potes n’a pas franchi nos frontières, on accueille forcément ce premier film avec un certain décalage. The Pick of Destiny marchant à fond sur la connivence avec ses personnages, un univers et un humour qu’on est censé avoir déjà adopté, on se sent pas trop dans le coup, ce qui pose un peu problème. Le film prend pourtant la peine de resituer l’intrigue et l’esprit. A savoir la rencontre entre deux losers (Black et Gass), un peu beaufs mais fondus de métal, adeptes de la ganja et en quête de The Pick of Destiny, en français le médiateur de la destinée, à qui tous les plus grands rockeurs de l’histoire devraient leur succès. Normal, ce médiateur c’est ni plus ni moins qu’une dent du diable. Après donc une introduction sympathique en forme de comédie musicale débraillée, le film tente de poser une double tonalité, à la fois celle de la glande (fumer, zoner devant la télé, gratter quelques notes pourries), et de l’autre un univers parodique qui reprend une certaine mythologie du métal, son goût pour le satanisme et les bêtises moyenâgeuses.
Construit donc comme un récit épique au millième degré ou une quête du Graal rock et télévisé, le film tente d’imposer ses personnages et leur univers. Sauf que l’aventure est molle et les idées peu nombreuses. L’humour est potache, vulgaire et souvent lourd (faut aimer). Le mauvais goût de rigueur et la crétinerie très complaisante (un état d’esprit). Dans le principe on est pas loin de Wayne's World et autre Saturday Night Live, en moins bien. Comme tout repose sur le duo JB & KG, faut accrocher à leurs blagues bedonnantes et une bonne dose de prosaïsme. Il y a bien quelques envolées amusantes comme Jack Black sous champignon hallucinogène donnant une séquence animée avec le yéti plutôt sympathique, ou encore un cameo de Ben Stiller qui encore une fois travesti fait très bien l’idiot, mais le reste flaire trop la flemme et le scénario écrit le joint au coin des lèvres.
The Pick of Destiny est surtout un gros délire d’ados attardés conçu comme un hommage parodique au métal et à quelques films que l’on cite en déconnant. Un truc en roue libre auquel il manque un réalisateur capable de transposer l’univers de Black et Gass au cinéma. Car pour avoir envie d’être convié à cette bande et partager leur humour, si on n’a pas déjà été invité, il aurait fallu alors y mettre un peu plus les formes. Là franchement, sauf peut-être en étant bourré, pas sûr que ça marche.
Tenacious D : The Pick of Destiny
De Liam Lynch
Avec Jack Black, Kyle Gass, J.R Reed
Sortie en salles le 4 juillet 2007

Illus. © Red Hour Films