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Pour Kelly, l'objet est un point de départ narratif autour duquel il concentre et déploie tout son univers. Celui-ci, comme toujours, est une grande relecture tous azimuts des classiques de la SF (Clarke, K. Dick) ainsi que l'ensemble de ses produits bis (cinéma, comics) mais pas seulement; à cela le cinéaste ajoute des références à un projet de la NASA lié à l'exploration sur Mars dans les années 1970 (où se déroule l'intrigue), une relecture de Sartre et sa conception de l'enfer, cette bonne vieille théorie du complot, pour finir par englober le tout par la Genèse et laisser suggérer une présence extra-terrestre. Avec cette arborescence de références multiples à l'ésotérisme parfois naïf sinon candide, The Box tient d'une œuvre hypertextuelle. Kelly construisant son récit en passant d'un lien à l'autre pour composer une grande trame scénaristique à plusieurs pistes. D'abord opaque, pleine de virages imprévisibles, de situations faisant décrocher l'intrigue vers divers horizons, celle-ci va pourtant progressivement prendre sens. Le film sera donc un conte moral (relisant Adam et Eve à sa sauce) aux allures à la fois postmodernistes et classiques. Et chaque fil de son intrigue hétérogène va se recouper pour former un objet insolite aux multiples couches a priori cryptées.
Maîtrisé dans chaque plan aux tensions palpables et baigné d'une belle lumière hivernale, parcouru d'un suspens constant qui ne s'épuise que lorsque chaque piste narrative ouverte par la boîte doit se boucler (tragiquement), The Box est peut-être le chef d'œuvre de Kelly. Il confronte, avec une étonnante habileté, le fantastique et ses visions héritées d'une relecture boulimique de tout un pan de pop culture à une approche plus réaliste, sensible, parfois autobiographique (comme James Marsden, le père de Kelly travaillait pour la NASA). Tous les doutes du couple sont ainsi minutieusement détaillés, avec une constance admirable dans la durée des scènes que l'auteur accorde à ses personnages. Loin d'agiter un bel écran de fumée scénaristique parcouru d'images pavées de signes à décoder, le film prend son temps pour dépeindre les linéaments émotionnels de son récit. Il surprend aussi par sa constance et sa finesse dans la description des lieux (en Virginie, où Kelly a grandi), de chaque décor donnant une réelle perméabilité aux situations. Ce métissage entre envolées hallucinées, prégnance de l'espace et aspect psychologique tangible, crée une surprenante approche magique de la réalité. Un film à la lisière du réel et de l'imaginaire, quelque part sur une ligne crépusculaire où le monde et sa fiction se rejoignent.
The Box
De Richard Kelly
Avec : Cameron Diaz, James Marsden, Frank Langella
Sortie en salles le 4 novembre 2009
Illus © Wild Bunch Distribution
Jérôme Dittmar
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