The Box de Richard Kelly


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Twilight Zone



Entre relecture hypertextuelle de la Genèse et Quatrième dimension, Richard Kelly livre avec The Box une œuvre étonnante, pop, classique, moderne, personnelle, conceptuelle, hallucinée et réaliste.
Après Southland Tales, monstrueux conte apocalyptique et baroque qu'on aura finalement découvert en DVD, Richard Kelly devait se refaire une petite santé à Hollywood. Inspiré par une brève nouvelle de Richard Matheson, le jeune cinéaste choisit donc de tourner The Box. Un scénario qui par son pitch laisse à première vue entrevoir une œuvre plus accessible, dans la grande tradition des récits théoriques de Rod Sterling et sa Quatrième dimension. Faux semblant : si le film paraît davantage balisé, moins touffu et éclaté, il est peut-être encore plus radical que le précédent dans sa capacité à détourner une facture classique. Tout commence par un dilemme et une histoire invraisemblable : une petite famille reçoit un matin, sur le perron de sa maison, une mystérieuse boîte contenant un appareil ; si le couple choisit d'appuyer sur son bouton, il recevra un million de dollars. Seules conditions à leur décision, une personne qu'ils ne connaissent pas mourra, et ne rien dire à personne. Etant dans une mauvaise passe financière, lui (James Marsden) plus sceptique hésite, mais elle (Cameron Diaz) y croit et décide finalement d'appuyer. La boîte sera alors comme celle de Pandore, elle enclenche une longue série de conséquences qui ne s'achèveront qu'avec le générique de fin.

Pour Kelly, l'objet est un point de départ narratif autour duquel il concentre et déploie tout son univers. Celui-ci, comme toujours, est une grande relecture tous azimuts des classiques de la SF (Clarke, K. Dick) ainsi que l'ensemble de ses produits bis (cinéma, comics) mais pas seulement; à cela le cinéaste ajoute des références à un projet de la NASA lié à l'exploration sur Mars dans les années 1970 (où se déroule l'intrigue), une relecture de Sartre et sa conception de l'enfer, cette bonne vieille théorie du complot, pour finir par englober le tout par la Genèse et laisser suggérer une présence extra-terrestre. Avec cette arborescence de références multiples à l'ésotérisme parfois naïf sinon candide, The Box tient d'une œuvre hypertextuelle. Kelly construisant son récit en passant d'un lien à l'autre pour composer une grande trame scénaristique à plusieurs pistes. D'abord opaque, pleine de virages imprévisibles, de situations faisant décrocher l'intrigue vers divers horizons, celle-ci va pourtant progressivement prendre sens. Le film sera donc un conte moral (relisant Adam et Eve à sa sauce) aux allures à la fois postmodernistes et classiques. Et chaque fil de son intrigue hétérogène va se recouper pour former un objet insolite aux multiples couches a priori cryptées.

Maîtrisé dans chaque plan aux tensions palpables et baigné d'une belle lumière hivernale, parcouru d'un suspens constant qui ne s'épuise que lorsque chaque piste narrative ouverte par la boîte doit se boucler (tragiquement), The Box est peut-être le chef d'œuvre de Kelly. Il confronte, avec une étonnante habileté, le fantastique et ses visions héritées d'une relecture boulimique de tout un pan de pop culture à une approche plus réaliste, sensible, parfois autobiographique (comme James Marsden, le père de Kelly travaillait pour la NASA). Tous les doutes du couple sont ainsi minutieusement détaillés, avec une constance admirable dans la durée des scènes que l'auteur accorde à ses personnages. Loin d'agiter un bel écran de fumée scénaristique parcouru d'images pavées de signes à décoder, le film prend son temps pour dépeindre les linéaments émotionnels de son récit. Il surprend aussi par sa constance et sa finesse dans la description des lieux (en Virginie, où Kelly a grandi), de chaque décor donnant une réelle perméabilité aux situations. Ce métissage entre envolées hallucinées, prégnance de l'espace et aspect psychologique tangible, crée une surprenante approche magique de la réalité. Un film à la lisière du réel et de l'imaginaire, quelque part sur une ligne crépusculaire où le monde et sa fiction se rejoignent.

The Box
De Richard Kelly
Avec : Cameron Diaz, James Marsden, Frank Langella
Sortie en salles le 4 novembre 2009

Illus © Wild Bunch Distribution

Jérôme Dittmar

Le 04 November 2009
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