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Précédé d'un parfum de scandale d'autant plus marquant qu'il concerne un premier film réalisé par un jeune homme de même pas 25 ans, The Great Ecstasy of Robert Carmichael a une très grande qualité : il ne peut que faire naître le débat. Impossible de rester de marbre en effet devant ce portrait de trois adolescents de la « middle class », prisonniers des paysages ternes d'une ville industrielle du nord de l'Angleterre et qui vont progressivement tomber dans la violence la plus extrême. Avec une mise en scène imposante et des références majeures qui peuvent énerver (Orange Mécanique, l'œuvre de Michael Haneke), le cinéaste tente une nouvelle incursion sur ce territoire glissant où la violence émerge et se répand, exploration qui dépasse la simple confrontation des classes sociales. En effet, comme chez Stanley Kubrick, le jeune Carmichael, qui joue du violoncelle et vient d'une famille relativement bourgeoise, nous rappelle que la délinquance s'engendre aussi bien dans l'aisance que dans l'ignorance et la pauvreté. Le constat n'est pas nouveau, mais mérite toujours d'être dressé. Comment cet adolescent renfermé, un peu paumé, qui prend de la drogue pour le goûter, en arrive-t-il donc à “ça”, cette fameuse scène finale qui révulse la moitié des spectateurs et donne au film sa réputation d'"Irréversible 2”?

La scène qui fait mal
En effet, si l'interrogation éthique, passionnante, nous amène avec une rigueur et une amplitude de mise en scène formidable jusqu'à ce point de rupture, la fin du film semble exploser en plein vol. Le portrait de la psyché torturée de ces adolescents se transforme ainsi brusquement en démonstration de force du cinéaste. Il s'offre une scène finale où l'utra-violence renvoie l'intégralité du film dans la section “faits divers” des magazines, alors qu'il aurait pu prétendre à bien plus. On ne peut que regretter que cette plongée en apnée dans le quotidien de la violence sociale ne s'échoue ainsi par une scène trop prévisible. Dans cette quête de « la scène qui fait le plus mal », le cinéaste rivalise sans conteste avec Caché ou Gaspard Noé. Dommage pour la réflexion, dommage pour ces personnages, formidablement interprétés, tellement proches de nous, et soudain renvoyés au ban de l'humanité. Là où on ne peut plus les suivre.
Il faudra un jour se demander pourquoi le fait divers est devenu le passage obligé pour tout premier film. Syndrome « Tarantinesque »? Course à l'effet? En attendant, il faut reconnaître que ce Great Ecstasy of Robert Carmichael n'en manque pas, d'effet, et l'empreinte qu'il laisse sur le spectateur est des plus durables. Du hors champ à la démonstration, Clay explore les représentations de la violence et nous interroge avec passion. La marque d'un grand cinéaste en devenir, certainement.

The Great ecstasy of Robert Carmichael
De Thomas Clay
Avec Daniel Spencer, Ryan Winsley, Charles Mnene
Royaume-Uni, 1h36 - 2005
Sortie en France : 26 avril 2006
Sur le web : - Pretty Pictures, le site du distributeur
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