Very Bad Trip de Todd Phillips


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Gueule de bois



Succès surprise au box office US, Very Bad Trip ne cache pas son amour pour l'humour potache et régressif dont il se voudrait le chef d'œuvre. Un éloge de la fraternité dont on ne doute pas de la future popularité ici, mais pour le reste, on est plus sceptique.
Récemment, Todd Phillips avouait au New York Times que s'il aimait frimer en se réclamant de Preston Sturges ; en réalité son cinéma doit davantage à Ivan Reitman. En particulier pour ses comédies Arrête de ramer, t'es sur le sable ! et Les Bleus. Phillips a le mérite d'être honnête. Il ne cache pas son affection pour l'humour potache auquel il avait donné ses lettres d'or dans son frat pack movie Back to school, très prisé des cinéphiles de tous bords. Après un échec en salles avec le pourtant pas si mal L'Ecole des dragueurs, Phillips revient donc à ses valeurs sûres avec Very Bad Trip, qu'on veut nous vendre comme déjà culte avant sa sortie. Pas de quoi pourtant s'enthousiasmer outre mesure tant cette virée à Las Vegas pour une bachelor party (enterrement de vie de garçon), tourne rapidement à la putasserie. Mais c'est aussi la clé de son succès : frapper bas pour mieux créer une connivence. L'horizon de Very Bad Trip, c'est un peu celui vécu par tout un chacun, une version/vision exagérée, voire l'acmé absolue et fantasmatique des soirées très arrosées entre potes. Phillips jouant sur un effet de familiarité qu'il pousse dans des situations excessives justifiant l'enchaînement de scènes toujours plus aberrantes. Débile mais assumé, Very Bad Trip titille nos tendances régressives avec une complaisance heureuse qui s'entretient par cette étrange volonté à les sublimer.

Qui dit film entre potes, signifie personnages panélisés : le beau gosse chef de bande lucide (Bradley Cooper, toujours bien), le mec frustré par sa nana tyrannique, le futur mari, le gars un peu demeuré crado qui fout la honte dès qu'il ouvre la bouche. Ce dernier servant de leitmotiv comique et facile à une kyrielle de gags souvent sous la ceinture. Un ton donné d'emblée et qui ne sera que déclinaison au fil d'un récit pourtant pas bête. C'est ce qu'il y a de mieux ici : plutôt que montrer l'évolution éthylique de la soirée, Phillips la zappe hors champ, pour l'utiliser comme un blackout (tout le monde se réveille amnésique), afin que trois des larrons partent à la recherche du futur marié disparu. Le film mute en simili enquête chronométrée dans un Vegas de jour, où toutes les conséquences des évènements nocturnes ressurgissent par surprise et par bribes. Ce côté puzzle loufoque, émaillé de situations précipitées sans cesse plus invraisemblables (ils ont fauché une voiture de flic, volé le tigre de Mike Tyson, truandé un mafieux chinois gay, etc.), assez astucieux dans l'idée, se consume hélas dans un rythme pressé efficace mais épuisant ses potentialités d'ouverture. Si Phillips sait où viser pour tutoyer son spectateur (à l'image du générique de fin, slideshow de la soirée oubliée), pas sûr que la comédie américaine en ressorte grandie. Mais était-ce le but ?

Very Bad Trip
De Todd Phillips
Avec : Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis, Justin Bartha
Sortie en salles le 24 juin 2009

Illus © Warner Bros. France

 

Jérôme Dittmar

Le 22 June 2009
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