L'Imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam


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Après un long passage à vide, Terry Gilliam voit enfin le bout du tunnel. Avec L'Imaginarium du Docteur Parnassus, il rend hommage à Méliès et livre une œuvre personnelle sur les puissances de la fiction dans un monde matérialiste.

- En images : histoires de tournages maudits

Depuis Las Vegas Parano, Terry Gilliam s'était un peu égaré. Célèbre naufrage de son projet autour de Don Quichotte raconté dans Lost in la mancha, échecs artistiques des Frères Grimm et Tideland, entre scoumoune et gros essoufflement, le cinéaste a traversé la décennie à bout de bras, jusqu'à provoquer un certain désamour chez ses admirateurs. Mais cette petite traversée du désert n'a pas eu raison de lui, bien au contraire. Sa volonté de continuer à filmer est intacte, comme en témoigne L'Imaginarium du Docteur Parnassus, son meilleur film depuis L'Armée des 12 singes, sinon Brazil. Toutefois la poisse semble décidément coller aux bottes du cinéaste américain mais anglais d'adoption. L'histoire est désormais tristement célèbre, c'est lors de ce tournage qu'Heath Ledger a traversé le Styx. Une tragédie qui aurait pu pourrir le film de l'intérieur, voire le condamner à être abandonné (il tient quasiment le rôle principal) ou remanié au petit bonheur la chance, façon Le Jeu de la Mort avec ses improbables sosies de Bruce Lee. Pourtant, rebondissant avec une certaine ingéniosité et devant beaucoup à un grand élan fraternel, Gilliam a su s'en sortir et faire même de cette absence une valeur ajoutée. Grâce au soutien de Johnny Depp (ami de Ledger) et aux renforts de Jude Law et Colin Farrell, l'auteur a pu boucler son film sans que cette opération de sauvetage ne le pénalise ou entraîne l'œuvre dans un hommage embarrassant et morbide.

Sympathy for the devil

L'Imaginarium du docteur Parnassus est un peu à l'image de son tournage et de la carrière récente de Gilliam : un film bancal, accidenté, mais auquel on s'attache étrangement jusque dans ses travers. Avec ce récit faustien sur une troupe de théâtre ambulante traversant une Angleterre se complaisant dans le libéralisme, le cinéaste fait surtout ressurgir un peu de réalité là où trop souvent ses univers fuyaient dans un imaginaire sous cloche. Ainsi de son ouverture où se joue déjà une confrontation entre deux mondes, celui d'aujourd'hui, vulgaire, matérialiste, et celui du Docteur Parnassus et sa troupe (sa fille, un bras droit, un aide et rapidement Ledger), des bohémiens de la fiction offrant à qui le veut de plonger - grâce au fameux imaginarium - dans un monde reflétant leurs désirs. Il y a de la part de Gilliam une volonté très nette d'en repasser par la critique pour revaloriser les puissances de l'imaginaire. Chez lui, le Mal, avec qui Parnassus a conclu un pacte l'obligeant à lui donner sa fille lorsqu'elle atteindra l'âge de 16 ans (fil conducteur de l'intrigue), est un allié préférable à ceux de notre époque s'avançant avec les meilleures intentions. Gilliam règle ainsi son compte à ces marchands de Bien (ici Ledger), hypocrites et surfant avidement sur de pseudo valeurs morales quand ils ne font que leur propre commerce. Le pire n'étant pas pour lui de pactiser avec le diable, il est même un mal nécessaire et surtout plus amusant que les cols blancs.

Sorcellerie du spectacle

Cette figure folklorique du Mal à laquelle on pourrait aussi reprocher le côté naïf sert d'abord à renforcer l'éternel itinéraire onirique de Gilliam. Son goût de l'illusion, pour le théâtre (le film fait sa relecture rapide de Shakespeare), cette confiance aveugle et dévouée dans les vertus du faux qui chez lui ne s'opposent pas à la réalité mais cohabitent, avec plus ou moins de bonheur au long de sa filmo. L'Imaginarium s'offre alors à la façon d'une relecture réflexive de toute l'œuvre de Gilliam et Parnassus comme son alter ego. Plus encore qu'un bilan, il est une déclaration d'amour au cinéma de Méliès, à ces films encore un peu forains où l'image animée tient de la magie. Une sorcellerie du spectacle dont Gilliam ne s'est jamais remis et qui chez lui relève d'un profond enracinement personnel, un véritable acte de foi, pas si candide que ça (on n'est pas chez Jeunet) et encore moins sans réalisme. Il faut ainsi voir le beau final tel un hommage à ce cinéma des premiers temps. Une manière de le ressusciter et le prendre à la fois comme point de départ à perpétuer : lorsque Parnassus finit dans la rue à vendre des miniatures de son ancien théâtre, c'est toute une idée de la fable essentielle à l'humanité qui est défendue et que Gilliam veut pérenniser, même avec des bouts de ficelles.

To be continued

On aurait tort de voir dans ce plaidoyer pro imaginaire une proposition trop complaisante et débouchant sur une défense facile de l'onirisme. Elle soutient avec constance un plaisir du jeu, de l'artifice comme nécessité existentielle, que le film restitue par ces visions illuminées qui ont fait le succès de Gilliam. Malgré sa structure parfois relâchée et peinant à optimiser toutes les potentialités du récit comme de l'imaginarium, le film retrouve l'ampleur délirante d'un Bandits, bandits. Ses envolées hallucinées mêlant carton-pâte et digital façonnent une série d'images dont le kitsch réactualise l'esthétique artisanale dont s'inspire le cinéaste. Nulle laideur donc dans l'emploi des couleurs, des motifs ou le caractère littéral des visions de ceux voyageant dans l'imaginarium, plutôt une adéquation formelle de l'œuvre de Gilliam. Qui se retourne ici sur sa carrière sans mélancolie ni regrets. Emmenant sa troupe de théâtre (sublimée par la présence de Lily Cole) au fil d'un étrange voyage où l'absence de Ledger devient une occasion de jouer avec l'identité et l'image de chaque acteur qui le remplace : tous prennent sa place lors de passages oniriques où le personnage apparaît sous différents traits de caractère. Si Gilliam ne nous a pas toujours enthousiasmés, ce petit portrait autobiographique d'un bâtisseur de cathédrale psychédélique finit par être assez touchant.

L'Imaginarium du Docteur Parnassus
De Terry Gilliam
Avec : Heath Ledger, Christopher Plummer, Lily Cole, Andrew Garfield
Sortie en salles le 11 novembre 2009

Illus © Metropolitan FilmExport

Jérôme Dittmar

Le 09 novembre 2009
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Casting de L'Imaginarium du Docteur Parnassus

Réalisateur : Terry Gilliam
Avec : Johnny Depp, Heath Ledger, Jude Law, Colin Farrell, Christopher Plummer, Tom Waits, Verne Troyer, Lily Cole, Andrew Garfield, Quinn Lord, Carrie Genzel, ...



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