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Acte 1 (Thèse) : cadre brillant du géant agroalimentaire ADM (Archer Daniel Midlands), Mark fait le héros en dénonçant au FBI les pratiques illicites de sa firme. Mettre des micros dans son veston l'excite beaucoup.
Acte II (Antithèse) : les deux enquêteurs du FBI qui suivent les exploits de Mark se rendent soudain compte qu'il a lui-même bénéficié des activités illégales d'ADM. Et pas qu'un peu : il s'en est mis plein les fouilles.
Acte III (Synthèse) : Qui est donc Mark Whitacre ?
Acte IV (Conclusion) : Steven Soderbergh ?
Autoportraits peu flatteurs
The Girlfriend Experience, le précédent opus de Soderbergh mettait en parallèle la prostitution et le cinéma (donner du plaisir contre de l'argent), dessinant ainsi un curieux autoportrait du cinéaste en pute de luxe. The Informant ! suit cette même courbe réfléchissante et personnelle : sous ses modestes allures d'exercice de style (ce qu'il est), le film peut se lire comme un autoportrait du cinéaste en faussaire génial. Car son anti-héros, Mark, ment comme il respire. Sans effort, parfois même en faisant autre chose en même temps.
Or Soderbergh n'est-il pas ce réalisateur ultra-prolifique, mais insaisissable (ces films ne se ressemblent guère entre eux), dont on ne parvient toujours pas à cerner le style ? Adoubé par la critique dès ses débuts (plus jeune Palme d'Or de l'histoire avec Sexe, mensonges et vidéo), l'Américain n'en finit plus, depuis, de brouiller les pistes : qu'y a-t-il de commun entre le blockbuster Ocean's Twelve et l'ovni underground Bubble ? Pas grand chose, si ce n'est un incontestable brio formel.
Damon insaisissable
Or Mark Whitacre, lui-aussi, est insaisissable. Et ce, malgré la voix-off de Matt Damon nous relatant ses pensées intimes entre deux dialogues, voire pendant. Mark aime en effet s'adonner à plusieurs choses en même temps, comme par exemple, se passer son fil dentaire sous la douche, se poser des questions sur la (relative) invisibilité des ours arctiques en pleine réunion professionnelle, ou, plus retors, appeler le FBI pour dénoncer les dérives de sa boîte alors même qu'il est en train de dealer une augmentation avec son big boss. Paradoxal...
Matt Damon, dont le visage carré est ici bouffi par des prothèses buccales, n'en fait jamais trop, il est totalement crédible en menteur compulsif. Sa vie est un artifice, de la moumoute sur sa tête à la mort de ses parents dans un accident de voiture. La prestation remarquable de Damon rejoint d'emblée celles de Leonardo Dicaprio dans Arrête-moi si tu peux et de Jim Carrey dans I Love You Phillip Morris. Le personnage de Mark se distingue néanmoins de ces deux autres faussaires de génie, pour une raison : sa débordante activité mentale est stérile, car s'il est habile pour tromper son monde, il n'y gagne rien au change. Hormis, peut-être, quelque amusement (voir l'hilarante scène du tribunal, où il s'exclame, sincère devant les gens qu'il a dupés pendant des années : « merci pour ces cinq années, quelle aventure ! »).
Sincère artifice
Soderbergh enrobe cet (auto-)portrait dans un classieux écrin rétro, aux couleurs beiges et oranges des thrillers 70's. Nerveuse, à l'image de son intenable héros pris dans un complexe étau narratif, la caméra HD évolue dans d'étouffants décors cubiques. Le cinéaste peaufine à peine ses beaux contre-jours, pour mieux servir un scénario bardé de faux semblants et de chausses trappes. The Informant ! pourrait être lourd, confus, ou prétentieux : il n'en est rien. L'art du montage de Soderbergh (le rythme est effréné), associé à une ironie permanente (la voix off maintient un savoureux décalage) et allégé par une BO jazzy de Marvin Hamlisch (Pakula, Allen), achève de faire de cet exercice de style apparent une réussite majeure. Avec ce film sur l'artifice (à la limite de l'abstraction), Soderbergh n'a jamais semblé aussi sincère.
The Informant !
De Steven Soderbergh
Avec Matt Damon, Scott Bakula, Joel McHale
Sortie en salles le 30 septembre 2009
Illus © Warner Bros. France
Eric Vernay
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