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Brad Anderson, contrairement à Lynch dont il se revendique, n'a pas le talent nécessaire pour que chez lui chaque chose (corps, objet, récit) contienne un potentiel érotique susceptible de faire monter jusqu'à l'orgasme. Il ne sait pas mentir. Amateur de Kafka et de Dostoïevski - maladroitement cités au détour de quelques plans -, il croit que l'effet (la lumière surtout) peut représenter la mécanique paranoïaque, schizophrène et névrotique dans laquelle s'enferme son personnage ; il s'imagine que délaver l'image suffit à déshumaniser le monde. Bien qu'il ait le mérite de vouloir traduire son scénario en images par de seuls effets de cinéma, Anderson ne cesse d'insulter le spectateur en le plongeant au cœur d'une intrigue psychologique où chaque détail contribue à faire croire qu'il se passe quelque chose, alors qu'il n'y a pratiquement rien à voir. Plus The Machinist progresse, et plus son jeu de pistes manipulateur se heurte à la laborieuse charpente d'un scénario complaisant et roublard dont l'ouverture (en flash back) signale le manque d'originalité, voire de générosité. Chaque image impose avec complaisance sa sur-lisibilité, son écœurante volonté de déstabiliser le spectateur. La trajectoire rédemptrice visée par le récit est enfin exaspérante, reposant sur un déploiement d'informations fastidieux.
The Machinist est à l'image de la pornographie anorexique de Christian Bale, il cherche du macro, du détail saignant et sale, il veut un peu plus de dégoût, de malaise et surtout être vu. Il stigmatise l'étrange, accentue l'insomnie à renforts d'une photographie blafarde rendant la blancheur nauséeuse et les os saillants à travers le corps décharné de son comédien. Christian Bale, ultra "Actor's studioisé", allant jusqu'à se déformer pour faire corps et impressionner, ne fait que relayer un totalitarisme fondé sur un terrorisme de la performance. Le film prend le regard en otage d'une mécanique vouée à la seule célébration de son propre objet.
The Machinist
Un film de Brad Anderson
Avec : Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Aitana Sanchez-Gijon...
Espagne, 2004 - 1h42
(*) Ce jugement sur le cinéma de David Lynch n'engage que son auteur, il n'est pas partagé par l'ensemble de la rédaction de Fluctuat.net.
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