The Pleasure of Being Robbed de Joshua Safdie


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Arty-ficiel



Ouvertement inspiré par le cinéma tressautant et fiévreux de John Cassavetes, The pleasure of beeing robbed esquisse un portrait de femme lo-fi, à travers l'errance d'une kleptomane new-yorkaise. Très « arty », à la limite de la pose.
Y a-t-il une nouvelle vague indé à New York ? Les premiers films de Joshua Safdie (The Pleasure of being robbed) et Ronald Braunstein (l'excellent Frownland, sorti en septembre 2008) ont le même souci d'échapper aux règles de la narration made in Hollywood, privilégiant l'errance à l'action, l'impro au scénario, les pointillés à la ligne claire, le flou artistique et la chaleur du plan granuleux à la précision froide de la HD. La référence évidente de cette néo-nouvelle vague : John Cassavetes. Dans son inconfortable Frownland, Braunstein s'en inspirait ouvertement, mais en tirant ce cinéma vérité vers un absurde angoissé, très personnel, parcouru de stridences et de grimaces.

Safdie, lui, est plus tendre que son compère et ami (qu'il utilisera comme acteur dans son prochain long-métrage), moins audacieux dans la forme. The pleasure of being robbed ressemble à un hommage à l'auteur de Shadows et Faces, et en particulier à la veine « portrait de femme avec Gena Rowlands » (Une femme sous influence, Gloria, Opening Night), ou à la Barbara Loden de Wanda : Safdie suit le tribulations incertaines de la mignonne Eleonore dans New York, pendant deux jours et une nuit. Lookée simplement dans un style à la cool mais recherché (frange/cuir/pull orange), Eleonore parle peut, rit beaucoup, joue mal au ping pong, ne se maquille pas et surtout, passe son temps à dérober le sac des gens. Pas pour l'argent - elle n'est pas méchante - seulement pour découvrir les trésors qui s'y cachent, et interférer à sa façon dans le cours immuable du monde. Au cours d'un vol, elle trouve une clef de voiture. Elle rencontre alors Josh, drôle de gentil barbu qui l'aide à démarrer l'engin. Eleonore n'a jamais conduit, mais pas grave ! Elle apprend sur le tas.

Cette suite de situations improbables n'est pas désagréable à regarder, plutôt sympathique même, notamment grâce à la présence féline et sauvage de l'instinctive Eleonor Colin. Mais Safdie ne parvient jamais à faire oublier qu'il pastiche Cassavetes, tel un étudiant encore crispé par l'admiration. Forcément, c'est moins bien que l'original, « arty »-ficiel et un peu trop forcé dans le genre fauché pour être honnête (caméra épileptique, flous incessants, BO indie-pop-jazz en mode lo-fi) sauf lorsqu'il s'arrache deux secondes à sa référence encombrante, le temps d'un étonnant rêve au zoo, soulignant toute la détresse de la solitaire Eleonore. A elle seule, cette scène fulgurante et osée donne envie de voir le prochain film du jeune new-yorkais.

The Pleasure of Being Robbed
De Joshua Safdie
Avec Eleonore Hendricks, Joshua Safdie, Wayne Chin
Sortie en salles le 29 avril 2009

Illus. © Submarine Entertainment

Eric Vernay

Le 27 April 2009
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