The Pledge de Sean Penn


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La Peur du néant



Comme une porte ouverte sur un désert glacé... Tel pourrait être l'autre titre de ce film. Une fois n'est pas coutume, l'original n'a pas été traduit pour la sortie française. Pourtant il était digne d'intérêt. La Promesse, mais aussi l'Engagement, voilà des mots qui auraient indiqué la pleine mesure du troisième film de Sean Penn.
Comment une parole donnée peut-elle enfermer un homme dans la démence? Cette question, The Pledge va s'acharner à y répondre. Il va la décortiquer, la triturer jusqu'à lui faire dire tout ce qu'elle recèle. A travers la dégringolade lente mais certaine d'un policier pris dans une idée fixe, il va autopsier une réalité douloureuse. Le jour précédant sa retraite, un vieil officier se rend sur le lieu d'un meurtre. Il y va non par hasard, mais parce qu'il ne peut se résigner au départ. Sur le théâtre du crime, c'est une scène horrible qui s'offre à lui. Le corps d'une enfant repose dans une neige maculée d'un sang encore chaud. Plus tard, il doit affronter les parents de la victime. Ceux-ci acculent le policier et le poussent à promettre, devant la croix, qu'il trouvera le coupable. Commence alors pour lui une nouvelle vie, du moins le croit-il.

Car cette enquête est, dans un premier temps, un don du ciel. Elle lui offre l'occasion de combler ce néant qui menaçait de s'ouvrir sous ses pieds. Elle lui permet d'éviter de passer le reste de son existence confiné dans un célibat seulement bouleversé par des parties de pêche. Elle retient ce qui commençait à s'effriter. Cet homme dont l'être se confond avec sa fonction va tout faire pour consolider son existence autour de cette enquête. Celle-ci reste sa dernière accroche au quotidien et au social. Son engagement lui sert ainsi à remplir un vide. Pour une fois, nulle rédemption dans cette démarche. Seulement une inquiétude, une conjuration dont l'égoisme n'affleure que par instants.

Cette volonté de ne pas se laisser engloutir par le vide se retrouve dans la mise en scène. Maniériste, elle cumule les effets. Elle les collecte pour, littéralement, bétonner l'image. Ce flux de signes et de sons se densifie pour progressivement devenir compact et impénétrable. L'oeuvre combat en permanence un néant qui lui fait peur et qu'elle cherche à recouvrir. La pléthore d'acteurs de renom participe de cette lutte. Leur succession ne se réduit pas à un défilé de célébrités. C'est en fait une arme contre la vacuité qui envahit le cinéma américain. Ici le comédien reprend ses marques. Il redevient cet objet central que l'évidement et la disparition guettaient depuis quelque temps.

The Pledge laisse ainsi une étrange impression oscillant entre simplicité et boursouflure. Simplicité dans un attachement aux personnages, aux êtres dont les fêlures saignent en silence. Boursouflure dans une réalisation tendue en permanence vers le désir de tout dire, tout dévoiler, tout figer. C'est cet entre-deux qui fait la valeur de The Pledge. A la fois spectaculaire et intime, il est comme une brèche ouverte sur un esprit dont l'étendue risque en permanence de se fissurer.

The Pledge
De Sean Penn
Avec Jack Nicholson, Robin Wright Penn, Aaron Eckhart
Etats Unis, 2000, 2h04.

Manuel Merlet Le 26 septembre 2001