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D'abord il y a l'affiche, simple, sobre, énigmatique. Sur fond noir émerge la tête d'une jolie jeune fille et puis le titre qu'on n'a pas traduit : War Zone, zone de guerre.
Le père et la mère se préparent à accueillir leur dernier enfant, Alice. Ces deux-là semblent s'aimer solidement. Papa désire Maman même quand son corps est flasque et enveloppé de cellulite. Quant à Tom, il déteste sa famille, il déteste son père, il déteste sa nouvelle maison, il déteste devoir changer de lycée, c'est comme ça, c'est de son âge. Il est même attendrissant avec ses envies de sexe mal formulées, son acné et son air renfrogné. On se dit d'ailleurs que ce grand garçon aime un peu trop se réfugier dans le giron de sa mère. On a oublié qu'à quinze ans on est encore un peu un enfant. Jessie, sa sœur aînée, semble désabusée de tout, revenue des plus sombres guerres. Tom en regardant par une fenêtre, découvre que Papa couche avec sa sœur. Face à ce monde qui s'écroule sous ses yeux, il cherche à la persuader de le dénoncer.
Tim Roth pour son premier long métrage ne nous épargne rien, ni les ambiguités, ni les faux espoirs, ni la crudité d'un sujet difficile. Cela peut paraître cruel à dire mais il y a de l'amour dans ce qu'il filme, de l'amour pour les lieux déserts de son île britannique natale, de l'amour pour ses comédiens qu'il dirige à merveille, de l'amour pour son histoire qu'il nous raconte avec pudeur, sans pour autant nous épargner quoi que ce soit. On y croit à cette famille normale, à cette femme enceinte, belle et désirée malgré ses difformités. Le père a tout du bon père de famille, un peu à coté de la plaque, mais pas pervers pour deux sous en apparence. La force de ce film vient en partie de là : Tim Roth nous montre l'aspect normalement effrayant de la nature humaine, un père de famille avec des désirs sans bornes, car ses fantasmes n'en ont point.
Evidement, le cinéaste-acteur ne fait pas dans le consensuel et ceux qui ne l'aiment que pour Reservoir Dogs ne vont pas être déçus du voyage. Beaucoup retrouveront ici le malaise d'un Cement Garden, autre film anglo-saxon réalisé par Andrew Birkin. Outre un ton un peu similaire - est-ce le sujet de l'histoire qui le commande ? - on y perçoit une manière très proche de photographier. De même on retrouve l'ambiguïté du regard porté sur l'inceste. On condamne aisément ce qui fait souffrir, le père qui force sa fille à le faire jouir, qui utilise son bébé pour son propre plaisir. Mais les intentions de Tom qui regarde aux fenêtres, qui espionne les jeunes filles toutes nues, ne sont pas aussi innocentes ni désintéressées qu'elles semblent l'être. Ne cherche-t-il qu'à sauver Jessie des souffrances que ce Papa pédophile lui fait subir, ou tel un petit Œdipe, veut-il ainsi mieux tuer son père pour prendre sa place…
The War Zone
De Tim Roth
Avec Freddie Cunlife, Ray Winstone, Tilda Swinton
Italie / Royaume Uni, 1999, 1h38
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