The Wrestler de Darren Aronofsky


Critique

Note du film  par la rédaction

Lecteurs

Note du film  par les lecteurs

Votre note

The last show



Le réalisateur de Requiem for a dream abandonne ses effets chocs pour livrer le beau portrait, intimiste et émouvant, d'un catcheur sur le déclin. The Wrestler est écrasé par la présence massive de Mickey Rourke, hallucinant.
Après l'échec de son dernier film, le délire mégalo-psyché The Fountain, le petit génie Darren Aronofsky revient dans le plus simple appareil : petit budget, petite équipe, caméra à l'épaule, mais quand même une star - certes un peu has-been - au casting, Mickey Rourke. La plus impressionnante gueule cassée d'Hollywood incarne Randy Robinson, alias « The Ram », (Le Bêlier) catcheur vieillissant et un peu beauf, croulant sous les factures, qui tente de revenir au plus haut niveau malgré ses problèmes de santé. Le film semble avoir été écrit pour lui. Il n'a peut-être pas vécu dans un mobile home, mais l'ex-boxeur Mickey Rourke aussi a connu la disgrâce, lui qui a été littéralement excommunié d'Hollywood dans les années 1990. D'ailleurs, pour The Wrestler (« le catcheur ») les studios voulaient Nicolas Cage, Rourke étant réputé trop difficile. Mais son pote Cage s'est élégamment effacé. Bénissons St Nicolas pour son fair-play : grâce à lui, le grand Rourke réussit enfin, après l'avoir amorcé sur Sin City, un vrai come back fracassant. Chaque plan de The Wrestler tourne autour de son corps monstre, martyrisé sur le ring, gonflé aux hormones, cramé par les UV, perclus de coups et de rides. La caméra le suit de près dans ses déplacements, derrière son dos, tremblante, à la manière naturaliste des frères Dardenne. L'itinéraire chaotique de Randy prend même les teintes javellisées de sa chevelure platine héritée des 80's. Ah les eighties ! Ces années (ab)assourdies par les hurlements hystériques du hard rock et ses hordes de chevelus en moules-burnes de cuir : l'ère Guns'n' Roses, Def Leppard et Mötley Crue...« Avant que Cobain ne vienne tout foutre en l'air ! », regrette Randy de sa voix rauque.

On rit de cette désuétude un peu vulgaire, comme on rirait (discrètement) d'un vieil homme qui commence à radoter : avec tendresse, sans moquerie. Nostalgique d'une époque révolue, « Le Bêlier » n'est qu'un vestige, une épave solitaire, un peu ridicule avec ses lunettes de grand-père, seulement bon à amuser les enfants et signer des autographes dans des salles de gym mal chauffées. Même les gosses se moquent de sa ringardise, lorsqu'il leur propose de venir jouer sur sa vieille console Nintendo. Jamais très loin du pathos, voire de l'inévitable imagerie christique à la Scorsese (Randy a même un Jésus tatoué sur son omoplate), le film d'Aronofsky a la lucidité et le tact de s'en distancier, étayant d'une bonne dose d'humour noir ce pénible parcours du combattant. Mais le film reste dur, physique, premier degré - dans le bon sens du terme. La force de The Wrestler réside d'ailleurs dans sa sincérité et son réalisme proche du documentaire. Réalisme social de l'Amérique des déclassés : cette Amérique white trash qui gravite entre mobile home, petits boulots, bars glauques et clubs de strip tease. Réalisme des relations père-fille aussi, douloureuses mais jamais gnan-gnan, tout comme l'esquisse de romance avec une effeuilleuse esseulée (Marisa Tomei, parfaite). Réalisme enfin de l'univers méconnu du catch, ce spectacle sans noblesse, populaire mais méprisé des sportifs parce qu'il repose sur une mascarade (coups arrangés, catcheurs ultra-dopés). Mais la souffrance est bien réelle ! C'est à ce sacrifice, ce don total de soi que Aronofsky rend hommage, à travers le portrait sensible d'un has-been en quête de rédemption, à la marge de la société.

The Wrestler
De Darren Aronofsky
Avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood
Sortie en salles le 18 février 2009

Illus.© Wild Bunch 

Eric Vernay

Le 16 février 2009
- Exprimez-vous sur le forum cinéma
- Lire les fils acteur et réalisateur sur le blog cinéma
- Darren Aronofsky sur Flu : lire les critiques de The Fountain (2006), Requiem for a dream (2001)