Thirst, ceci est mon sang de Park Chan-wook


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Au nom du sang



Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, Thirst commence comme une belle histoire de vampires new age. Mais Park Chan-Wook s'enfonce ensuite dans une farce grand-guignolesque qui ne convainc pas.

Thirst se présente comme une libre adaptation de Thérèse Raquin, roman d'Emile Zola consacré à deux amants sulfureux « dominés par leurs nerfs et leur sang et dépourvus de libre arbitre » (d'après les propres mots de l'écrivain). Park Chan-Wook se réapproprie ce travail sur les « poussées de l'instinct » en faisant de son héros un prêtre qui obtient la vie éternelle avant de se transformer en vampire.

Le parcours sanguinaire du couple maudit permet au réalisateur d'Old boy de marier esthétique gore et imagerie religieuse, tout en développant des thèmes qui lui sont chers : bannissement, sacrifice de soi, retour à l'innocence enfantine. Et on marche avec lui durant la première heure, habile immersion dans un registre fantastique parsemé d'humour noir. Les deux amants (hagard Song Kang-ho et intense Kim Ok-bin) s'emparent d'un gracieux espace cinématographique, refuge de douceur dans un monde en proie aux névroses. La mise en scène, ample, précise et bien aidée par la majestueuse Cantate BWV82 de Bach, fait naître des puits de mélancolie.

Mais une fois que le cinéaste a dessiné les contours de ses personnages, il ne sait visiblement plus quoi en faire. Dans sa deuxième heure, Thirst ne constitue ainsi plus qu'un long enfoncement dans un océan de théâtralité grand-guignolesque. L'intrigue autour de la famille du défunt mari ne fonctionne jamais et la mise en scène devient statique, usant d'effets burlesques aussi répétitifs qu'inefficaces. Insistant lourdement sur le thème de la culpabilité, Thirst perd la sensualité ambigüe qui faisait son charme. A ce titre, la séquence du viol dans la tente est particulièrement ratée, façon gratuite et maladroite d'exprimer l'isolement de l'individu face au collectif.
D'abord attachant puis irritant, Thirst est le prototype du film qui s'essouffle en plein vol, n'offrant finalement qu'une compilation d'images iconoclastes et de sentiments exacerbés qui tournent à vide.

Thirst, ceci est mon sang
De Park Chan-Wook
Avec Song Kang-Ho, Shin Ha-Kyun, Kim Ok-Bin

Damien Leblanc à Cannes

Le 28 September 2009
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