Tonnerre sous les Tropiques de Ben Stiller


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Full Metal Joking



Vraie fausse parodie d'Hollywood et ses stars matinée d'un film d'action à grand spectacle, Tonnerre sous les tropiques s'avère surtout un objet étonnant remettant en perspective la puissance du faux dans l'univers de Ben Stiller. Unique, et drôle.
On pourrait renoncer à Tonnerre sous les tropiques, refuser son second degré par lassitude, sa parodie qu'on connaît par coeur, tout son principe de connivence inhérent à un genre où Ben Stiller est passé maître. Mais on aurait tort, non parce que le film n'est pas dans cette veine, il est exactement dans cette tradition. Celle moins satirique que burlesque où ici chacun s'emploie à ridiculiser Hollywood et ses acteurs. En embarquant Robert Downey Jr, Jack Black, Tom Cruise, et les autres, Stiller et son ami Justin Theroux (à l'origine du script) construisent ce qui ressemble d'abord à une parodie de Vietnam movie hérité des eighties. Film dans le film, ou faux documentaire façon Spinal Tap, Tonnerre sous les tropiques débute comme une blague. Un pastiche de film de guerre servant de critique ironique d'Hollywood et ses stars, par une brochette d'acteurs amis trouvant une liberté qu'ils n'auraient pas ailleurs. Le principe est simple : cinq stars plus ou moins sur le déclin s'embarquent sur le nouveau Platoon, un grand film de guerre en pleine jungle vietnamienne. Mais le tournage vire au fiasco, le producteur se fâche, le réalisateur pète les plombs. Avec un improbable vétéran auteur du bouquin à l'origine du scénario (Nick Nolte), il imagine plonger ses comédiens en situation, façon Reality TV. C'était sans compter l'arrivée inattendue d'une bande de trafiquants de drogue armés jusqu'aux dents. La fiction devient alors réalité, ou presque.

 

Tonnerre sous les tropiques est un drôle de poisson, il répond à toutes les attentes possibles et les déjoue astucieusement sans prévenir. Il a d'abord l'allure de ce qu'il prétend représenter : un Vietnam movie avec ses grandes scènes d'action, ses effets pyrotechniques, ses hélicoptères au ralenti en focale courte, ses corps qui explosent, ses prisonniers à sauver, et puis la jungle, partout. Sa construction est fidèle au genre : des personnages qui avancent, marchent, et dont l'errance permet au récit de créer des poches où chacun est développé selon son rapport aux autres, au monde, à soi, au passé ou à la situation. Le principe est identique depuis au moins Aventures en Birmanie de Raoul Walsh en 1945. Et Stiller et Theroux n'en sortent guère, jusque dans leur petite escouade composée d'un éventail d'acteurs reprenant les classiques figures du genre, hiérarchisées selon leur place dans l'industrie cinématographique. A chacun son rôle, plutôt son double rôle, comme comédien et dans l'action : Stiller en acteur décérébré de film d'action qui s'est grillé pour avoir joué un attardé mental (Simple Jack) ; Robert Downey Jr en maniaque de la méthode (Actor's Studio) prêt à subir une opération chirurgicale pour jouer un noir ; Jack Black en comique lourdingue héroïnomane ; Brandon T Jackson en rappeur tournant son premier film ; Jay Baruchel, transfert de la bande à Judd Apatow, en jeune star montante.

 

Le film décline ainsi une série de vignettes : les acteurs les plus célèbres sont sur le devant de la scène, ils vont s'égarer dans leur rôle, leur personnage, leur personnalité, jusqu'à douter, tandis que les nouveaux les observent, les jugent ou les recadrent, non sans se poser des questions aussi. La parodie attendue se transforme alors lentement en étrange portrait de la star hollywoodienne selon Ben Stiller et Justin Theroux. Les uns et les autres se livrant à une série de duels rhétoriques où chacun tente de déterminer ou justifier son rôle, son métier d'acteur, sa méthode, le film plonge dans les eaux troubles d'un jeu de dupe aliénant aux frontières a priori indistinctes. L'art du déguisement, de la caricature, propre à Stiller et sa bande, ouvre vers un curieux rapport du faux à lui-même. Une scène avec Stiller et Downey Jr, au début du film, reprise à l'identique vers la fin, indique le cheminement vertigineux de ces personnages en pleine crise existentielle. Ils passent d'une grossière caricature à des acteurs en train de jouer moins pour faire varier la mise en abîme, que pour neutraliser les effets parodiques. Le pastiche des stars hollywoodiennes laissant ainsi la place à une réflexion sur les héros de Ben Stiller depuis Zoolander. Des personnages burlesques, incapables de jouer selon les critères classiques et sérieux d'Hollywood. Ceux de l'émotion vécue, visible et vraisemblable, que le film passe son temps à démolir. Et c'est ce qui rend le film passionnant, dans ce rapport du faux à lui-même naît une vérité. La mécanique de la bande à Stiller est rendue à sa folie et sa seule performance, les acteurs jouent aux acteurs, tout est illusion, simulacre, cours de récréation. Il n'y a pas de dehors, tout, même Hollywood tient d'un monde imaginaire et délirant.

La comédie potache blindée de références et autres clins d'oeils complices à un spectateur intelligent laisse ainsi la place à un film plus pertinent que ces ficelles bien connues du public. Le second degré, dont Deleuze niait l'existence au cinéma, peut s'effacer. Dans sa mise à nue du comédien vis-à-vis de lui-même, ce jeu où un personnage en cache un autre (chez Ben Stiller on ne cesse jamais de jouer et le film ne montre que ça), Tonnerre sous les tropiques devient un petit théâtre très littéral où tout est à portée de main : un postiche n'est qu'un postiche. Finalement, il passe moins son temps à produire du sens ou une véritable critique d'Hollywood (il est en plein dedans) qu'à titiller l'ego de ceux qui en sont les stars. Le film de guerre, beau prétexte, sert ainsi d'espace de crise où les tensions, les conflits, la fiction toujours plus aberrante (les trafiquants fans du personnage attardé joué par Stiller) révèlent l'artifice de l'artifice. Au final, la parodie est neutralisée, le film n'est connecté qu'à lui-même, ses personnages, son univers, au cinéma. Les effets comiques, les gags, n'ont plus besoin de citations, tout se suffit, dans sa plus pure efficacité et pour le strict plaisir du jeu. Film à la fois conceptuel et d'une grande simplicité, Tonnerre sous les tropiques est une expérience drôle, intelligente et unique.

Tonnerre sous les tropiques
De Ben Stiller
Avec Ben Stiller, Jack Black, Robert Downey Jr
Sortie en salles le 15 octobre 2008

Illus. © Paramount Pictures France

 

Jérôme Dittmar Le 13 octobre 2008
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Casting de Tonnerre sous les Tropiques

Réalisateur : Ben Stiller
Avec : Robert Downey Jr., Jack Black, Ben Stiller, Anthony Ruivivar, Jeff Kahn, Jay Baruchel, Brandon T. Jackson, Eric Winzenried, Steve Coogan, Valerie Azlynn, Matt Levin, ...



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