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Tonnerre sous les tropiques est un drôle de poisson, il répond à toutes les attentes possibles et les déjoue astucieusement sans prévenir. Il a d'abord l'allure de ce qu'il prétend représenter : un Vietnam movie avec ses grandes scènes d'action, ses effets pyrotechniques, ses hélicoptères au ralenti en focale courte, ses corps qui explosent, ses prisonniers à sauver, et puis la jungle, partout. Sa construction est fidèle au genre : des personnages qui avancent, marchent, et dont l'errance permet au récit de créer des poches où chacun est développé selon son rapport aux autres, au monde, à soi, au passé ou à la situation. Le principe est identique depuis au moins Aventures en Birmanie de Raoul Walsh en 1945. Et Stiller et Theroux n'en sortent guère, jusque dans leur petite escouade composée d'un éventail d'acteurs reprenant les classiques figures du genre, hiérarchisées selon leur place dans l'industrie cinématographique. A chacun son rôle, plutôt son double rôle, comme comédien et dans l'action : Stiller en acteur décérébré de film d'action qui s'est grillé pour avoir joué un attardé mental (Simple Jack) ; Robert Downey Jr en maniaque de la méthode (Actor's Studio) prêt à subir une opération chirurgicale pour jouer un noir ; Jack Black en comique lourdingue héroïnomane ; Brandon T Jackson en rappeur tournant son premier film ; Jay Baruchel, transfert de la bande à Judd Apatow, en jeune star montante.

La comédie potache blindée de références et autres clins d'oeils complices à un spectateur intelligent laisse ainsi la place à un film plus pertinent que ces ficelles bien connues du public. Le second degré, dont Deleuze niait l'existence au cinéma, peut s'effacer. Dans sa mise à nue du comédien vis-à-vis de lui-même, ce jeu où un personnage en cache un autre (chez Ben Stiller on ne cesse jamais de jouer et le film ne montre que ça), Tonnerre sous les tropiques devient un petit théâtre très littéral où tout est à portée de main : un postiche n'est qu'un postiche. Finalement, il passe moins son temps à produire du sens ou une véritable critique d'Hollywood (il est en plein dedans) qu'à titiller l'ego de ceux qui en sont les stars. Le film de guerre, beau prétexte, sert ainsi d'espace de crise où les tensions, les conflits, la fiction toujours plus aberrante (les trafiquants fans du personnage attardé joué par Stiller) révèlent l'artifice de l'artifice. Au final, la parodie est neutralisée, le film n'est connecté qu'à lui-même, ses personnages, son univers, au cinéma. Les effets comiques, les gags, n'ont plus besoin de citations, tout se suffit, dans sa plus pure efficacité et pour le strict plaisir du jeu. Film à la fois conceptuel et d'une grande simplicité, Tonnerre sous les tropiques est une expérience drôle, intelligente et unique.
Tonnerre sous les tropiques
De Ben Stiller
Avec Ben Stiller, Jack Black, Robert Downey Jr
Sortie en salles le 15 octobre 2008

Illus. © Paramount Pictures France
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