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En prenant pour modèle le jeune Travolta, Raùl, 52 ans, nie son propre vieillissement et se trouve déphasé dans son corps. Son affection pour les chorégraphies de La Fièvre du samedi soir se vit sur le mode de la solitude, loin de toute euphorie. Il semble par ailleurs insensible à la situation politique du Chili de 1979, contribuant même à semer la mort (il lui arrive de dépouiller et tuer des compatriotes). Toujours à contretemps, Raùl s'impose comme un des personnages les plus antipathiques que puisse produire le cinéma contemporain. Lâche, égoïste, machiste, faisant régner la terreur dans sa petite troupe de danseurs, notre homme n'en est pas moins charismatique. Entre la froideur du caractère de Raùl et le succès qu'il connaît auprès des femmes, un décalage se crée à nouveau. Pablo Larrain donne à voir un gouffre interprétatif et des situations de profond dérèglement, qu'il nous laisse interpréter comme des effets de la dictature d'Augusto Pinochet.
La grande idée de Tony Manero consiste à greffer une mise en scène virevoltante sur ce morne environnement historique. Caméra portée, décadrages et flous esthétiques produisent des séquences d'une redoutable intensité. On pense entre autres à cette invraisemblable soirée durant laquelle Raùl fait des avances à la fille de sa « compagne régulière », sous les yeux de cette dernière. Insistant lourdement, il parviendra à ses fins, devant un public médusé par tant d'insolence. Psychopathe asocial et tyran pathétique, Raùl n'est que l'effrayant produit d'un régime totalitaire qui étouffe tout.
Avec son costume de scène d'un blanc immaculé, le personnage aurait pu symboliser un ange qui cherche à rester pur face au tourbillon de la violence politique. Mais il finira par tacher la tenue d'un concurrent de la plus prosaïque des manières; l'âme de Raùl s'est définitivement salie.
Brillant exercice de style, Tony Manero présente toutes les apparences du cauchemar. Dessinant l'envers désespéré du rêve américain, Pablo Larrain trouve avec son renversant acteur Alfredo Castro une tonalité qui n'est justement pas sans rappeler le cinéma US des années 1970 et sa façon clinquante de filmer des héros marginaux. Brutale et mélancolique, cette rencontre entre Travolta et Pinochet distille un furieux parfum scorsesien.
Tony Manero
Un film de Pablo Larrain
Avec Alfredo Castro, Amparo Noguera, Paola Lattus
Sortie en salles le 11 février 2009

Illus. © Fabula Productions
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