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Déjà plébiscité par la critique, Traffic de Steven Soderbergh a été couronné par les British Awards et remarqué par les instances des Oscars qui lui décernent cinq nominations. On pourrait donc s'attendre à voir le dernier chef-d'œuvre en date. Mais le dernier opus du réalisateur passé catégorie A depuis le succès rencontré sur Erin Brokovich déçoit.
Éclairés par ces conditions de production, on comprend mieux comment Steven Soderbergh, se laisse ici avoir par quelques lourdeurs et quelques compromission au politiquement correct attendu. Lui qui maniait si bien l'ellipse, la légèreté et les sous-entendus dans le palmé d'or cannois, Sexe Mensonge et Vidéo mais aussi plus récemment dans la fameuse scène de cambriolage de Hors d'Atteinte ou encore dans l'excellent L'Anglais. Il semble parfois capituler pour notre plus grande déception. Malgré tout, il reste incontestablement du génie chez ce réalisateur, ses partis pris esthétiques inattendus sont ici encore bouleversants. En choisissant une construction scénaristique éclatée, il dévoile sous toutes ses facettes les arcanes du trafic de stupéfiant. Les différentes parties prenantes sont portraiturées dans leurs milieux, chacun se débrouillant comme il le peut avec la poudre blanche. L'homme de loi de Washington, le petit flic de Tijuana, le gros dealer de San Diego : un bon, une brute et un truand. Filmés caméra au poing, passés sous le microscope du réalisateur, on reconnaît de suite le milieu dans lequel ils évoluent par la couleur dans laquelle ils baignent : bleu métallique froid comme la justice, jaune poussière comme la difficulté de survivre, orange ambigu comme les compromissions des mafieux.
Personnage à part entière, la drogue motive l'attitude de tous les personnages. Peu présente à l'image, elle est quasi fantomatique et impose sa volonté en off. Cette absence donne parfois l'impression que le film reste à la surface d'une réalité convenue. Chaque partie semble ainsi agir selon les règles du film de mafia mais non par rapport à cette situation de trafic particulière. Les seules images de drogue concernent sa consommation. Dénoncée, elle devient un aléa d'une vie qui va de déchéance en déchéance par des images convenues et une rémission finale trop bonne enfant pour être bien honnête.
On plonge dans le film sans filet, sans générique. En plein milieu du désert, une voiture. Deux hispaniques attendent un avion et on ne sait pourquoi. Chaque situation est introduite de cette façon, sans détours, prise sur le fait, ce qui accroche l'acuité de notre regard. Le temps de s'attacher aux personnages et on passe à autre chose. D'une histoire à l'autre, le film jongle sans arrêt avec notre envie de retourner à la première, celle dans laquelle joue Benicio Del Toro. Acteur extraordinaire comme à son habitude, il trouve ici enfin un rôle à sa mesure. Les images accélérées et saccadées interrogent d'emblée le regard. Filmé caméra à l'épaule, Traffic nous donne l'impression dans les premières minutes du film d'une version Dogma à l'Américaine. Comme si sous-jacent au scénario qui n'avait finalement que peu d'importance, le grand Soderbergh menait encore ses petites expériences. Réalisateur boulimique et certain de ce qu'il veut obtenir, il a dirigé sur son film les postes de directeur de la photo, de cadreur et de directeur d'acteur. Bien sûr le rendu est impeccable. Pourtant le film pâtit de sa longueur. Si ses trouvailles esthétiques sont authentiques, elles ne servent pas un propos bien original et on a le droit d'en être un peu déçu.
Traffic
De Steven Soderbergh
Avec Michael Douglas, Don Cheadle, Benicio Del Toro
Etats Unis, 2000, 2h27.
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