Tuvalu de Veit Helmer


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Fausses Naïvetés



Tuvalu repose sur une erreur. Il veut croire en la naïveté du cinéma muet. Il veut s'en persuader. Ce en quoi il se trompe. Veit Helmer a cherché un équivalent cinématographique à ce que l'on appelle en peinture et en sculpture un art naïf.
Ce terme implique un rapport instinctif à la création et une indépendance par rapport aux styles et aux techniques en cours à une époque donnée. Il exprime une liberté d'exécution qui se réfère à la jeunesse et à son insouciance. Helmer a pensé trouver ces caractéristiques dans le cinéma muet, comme si l'enfance de l'art était aussi l'art de l'enfance.

L'histoire est donc volontairement simple. Un vil promoteur nommé Grégor, en tentant de détruire une piscine dont les fondations semblent remonter à Mathusalem, se heurte à la résistance de ses propriétaires. Le bâtiment a beau être grignoté par la pluie et la vétusté, il n'en continue pas moins de servir aux derniers habitants de la région, pays désertique et exsangue. Anton, le fils du propriétaire, est secondé dans sa lutte par des clochards et par Eva, une jeune femme que Grégor avait auparavant dupée. Ils n'empêcheront pas l'explosion du lieu, mais l'amour que se portent Anton et Eva leur permettra de partir au loin, vers l'île de leurs rêves.

L'image est traitée de manière à évoquer le cinéma muet. La photographie est de couleur sépia, et des changements de teinte distinguent les intérieurs des extérieurs ainsi que le jour de la nuit. Des séquences ont été filmées en accéléré pour retrouver l'impression des premières pellicules tournant à la vitesse de 18 images par seconde. Les mimiques sont appuyées, et les gestes clownesques. Un travail similaire a été fait sur le son. Les dialogues ont été réduits au minimum, seuls quelques mots ou noms sont prononcés, certains bruits étant exagérés.

Toutes ces motifs relèvent du procédé. Veit Helmer les a utilisés en pensant qu'ils donneraient à son film une simplicité adéquate. Il a donc implicitement assimilé les premiers temps du muet à un art naïf, ce qu'il ne fut pourtant pas. Dès sa naissance, le cinéma a été travaillé par la réflexion et son innocence, à supposer qu'elle ait jamais existé, fût très vite perdue. Heilmer est d'autant plus dans l'erreur que la sophistication de sa mise en scène contredit son choix initial de naïveté. Il y a ici trop de conventions et de retenue, trop de contrôle pour que nous adhérions à son film comme il le voudrait. Son souhait serait que nous le regardions avec les yeux simples de l'enfance, sans distance. Mais dans les faits nous ne pouvons jamais oublier que nous sommes dans une salle de cinéma. Ses choix de mise en scène nous empêchent de pénétrer dans son univers pseudo-poétique.

Tuvalu
De Veit Helmer
Avec Denis Lavant, Philippe Clay, Chulpan Hamatova
France, 1999, 1h32.

Manuel Merlet Le 22 November 2000