Two Lovers de James Gray


Critique

Note du film  par la rédaction

Lecteurs

Note du film  par les lecteurs

Votre note

Un coeur en hiver



Après trois polars de belle facture, James Gray s'attaque au drame sentimental. Habité par la vibrante performance de Joaquin Phoenix, Two Lovers tutoie les sommets du cinéma américain.
Le passage du polar au mélo semblait risqué pour James Gray. Pourtant, le cinéaste parvient à dépasser l'intensité de ses précédentes œuvres (Little Odessa, The Yards et La Nuit nous appartient) en remplaçant la violence des nuits mafieuses par la rudesse d'un hiver contre lequel vient lutter un cœur en lambeaux. Ce cœur, c'est celui de Leonard (Joaquin Phoenix), trentenaire new-yorkais revenu s'abriter dans l'appartement familial après un douloureux chagrin d'amour.

Two Lovers débute dans l'eau glacée d'un soir de novembre et s'achève dans la chaleur apaisante d'une fête de nouvel an. Entre-temps, James Gray aura dessiné un trajet individuel d'une richesse inouïe. Dans cette tentative de reconstruction amoureuse, Leonard croise deux femmes. Si la brune Sandra (Vinessa Shaw) - jolie madone made in Brooklyn - lui est présentée dans des conditions peu idéales, elle éveille en lui des désirs de stabilité. Quant à la blonde Michelle (Gwyneth Paltrow), comète tombée presque miraculeusement dans le voisinage, elle offre à Leonard la sensation qu'il peut se muer en adulte protecteur.
Plutôt qu'une simple opposition entre raison et passion, Sandra et Michelle représentent deux versants complémentaires dans la rééducation sentimentale de Leonard. Et avant de choisir entre l'une ou l'autre, il s'agit surtout pour le jeune homme de se redéfinir par rapport à son passé, à sa santé fragile et à sa famille.

Un travail sur l'intimité

La grâce que dégage ce trajet est rendue possible par le travail d'orfèvre de James Gray, qui charge sa fiction d'une infinité de détails charnels. Etre solitaire qui n'a aucun ami à qui confier ses états d'âme, Leonard va se donner tout entier à l'œil du spectateur/confident. Durant la première moitié du récit, nous suivons quasiment le personnage en temps réel, comme connectés à sa sensibilité à fleur de peau. Le spectateur habite littéralement la chambre cotonneuse de l'ami Leo et vibre au rythme de ses bouleversements intimes. Mais au fur et à mesure que Leonard s'affranchit de différents poids, le temps se dérobe et s'emballe : des ellipses font leur apparition (dont l'une, sous forme de photos en noir et blanc, touche au sublime) et les motivations du jeune homme paraissent plus énigmatiques. Se détachant peu à peu de nous, le personnage acquiert enfin une autonomie. Les décisions qu'il prend vont s'avérer ambiguës et la séquence finale, d'une perfection esthétique et émotionnelle, peut ainsi s'interpréter de diverses façons. Que l'on voie dans cette conclusion une lumineuse libération ou une sombre résignation, le constat est le même : le cœur de Leonard a su s'enrober d'une insondable part de mystère et le personnage peut rejoindre plusieurs grandes figures du cinéma classique américain.

Les fantômes du septième art

De cinéma, il en est bel et bien question au sein de l'univers fictionnel de Two Lovers. En plus de sa passion pour la photographie, Leonard affirme nourrir une vaste cinéphilie. S'il parle avec Sandra de La Mélodie du bonheur, c'est surtout l'affiche de 2001: l'odyssée de l'espace qui hante et surplombe les murs de la chambre du jeune homme.
Surtout, le récit est traversé par des fragments de l'histoire du septième art, portant en lui de multiples souvenirs. Le terrassant regard qu'adresse Gwyneth Paltrow à la caméra lors de la seconde scène sur le toit est présenté par James Gray comme un hommage direct à Sueurs froides, matrice absolue des films traitant du vertige identitaire suscité par le désir. Et dans la séquence du restaurant, l'utilisation du morceau Lujon, composé dans les années 1950 par Henry Mancini (mythique compositeur de Diamants sur canapé), diffuse toute l'élégance angoissée des longues soirées new-yorkaises.

Au-delà de ces références, Two Lovers fait planer sur ses personnages un halo fantomatique. La mère de Leonard (Isabella Rossellini) réveille son fils un matin en le traitant de vampire qui vit la nuit et dort le jour. Loin d'être innocente, la métaphore parcourt l'ensemble du film : entre le visage inexpressif du père (Moni Moshonov) qu'éclaire la télévision et le moment où Michelle se vide de son sang, le mort et le vivant cohabitent discrètement. Et si Leonard se présente à Sandra comme l'héritier du Roi du Danemark (Hamlet, tout simplement), c'est que la frontière entre l'être et le néant continue d'obséder une certaine frange du cinéma américain.
A seulement 39 ans, James Gray réalise un coup de maître, prouvant qu'il peut tourner rapidement (il s'est écoulé moins d'un an entre la sortie de La Nuit nous appartient et celle de Two Lovers) sans rien perdre de son inspiration. La filmographie du cinéaste s'enrichit peut-être même là de son plus beau joyau. Et si l'on a appris récemment que Joaquin Phoenix souhaitait arrêter sa carrière d'acteur, rien ne saura effacer cette bouleversante prestation d'amant fragile.

Two Lovers
De James Gray
Avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw et Isabella Rossellini
Sortie en salles le 19 novembre 2008

Illus. © Wild Bunch Distribution

 

Damien Leblanc Le 17 November 2008
- Exprimez-vous sur le forum cinéma
- Lire les fils festival de cannes, sélection officielle sur le blog cinéma
- Lire les critiques de La Nuit nous appartient (2006) et de The Yards (2000)







Casting de Two Lovers

Réalisateur : James Gray
Avec : Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, Isabella Rossellini, Elias Koteas, Moni Moshonov, Samantha Ivers, Evan Lewis, John Ortiz, Jeanine Serralles, Marion McCorry ...



• Toutes les news sur Two Lovers
Le James Gray est-il niais ? Le James Gray est-il niais ?

  Two Lovers obtient à ce jour, et sans conteste, la palme de la...


Notre Palmarès, à J-1 Notre Palmarès, à J-1

Prenez notre avis, mixez le avec celui des 4000 journalistes qui...


Brad Pitt jouera les explorateurs disparus chez James Gray Brad Pitt jouera les explorateurs disparus chez James Gray

James Gray, dont le mélo Two Lovers est actuellement en salles,...


Joaquin Phoenix souhaite arrêter le cinéma Joaquin Phoenix souhaite arrêter le cinéma

Joaquin Phoenix a annoncé son intention d'arrêter le cinéma...



• Les autres films de James Gray

La Nuit nous appartient The Yards Little Odessa Lost City of Z



• Les autres films de Joaquin Phoenix

La Nuit nous appartient Walk the Line Hotel Rwanda Piège de feu Le Village Frère des Ours It's all about love Signes Quills, la plume et le sang The Yards




• Nés aujourd'hui


• Sur le forum Cinéma

qui a vu Jennifer's body ?Reconnaitrez-vous ces scènes de films cultes?Court métrage amateur.Vend Kino flo prix très intéréssant.Conférence sur la femme dans le cinéma mue...