On se demande comment
Rithy Panh, documentariste talentueux, auteur de
S21, œuvre définitive et brillante sur le génocide khmer rouge, a pu accoucher de ce fastidieux
Barrage contre le pacifique. Adapté d'un roman de
Duras, le film raconte comment la mère de la romancière lutta contre l'administration coloniale afin de construire un barrage pour protéger ses concessions de riz. Situé au début des années 30 en Indochine, le récit s'articule autour d'un trio familial composé par
Isabelle Huppert, la mère, sorte de cheftaine névrosée, le fils,
Gaspard Ulliel en garçon sauvage et sexy, et enfin la fille, Duras donc, en lolita s'ouvrant à l'éveil des sens. Après avoir posé le contexte et les bases de l'intrigue, son univers, son climat, ses personnages, Panh rame comme un malade pour donner du corps et du cœur à son film. Durant près de deux heures interminables, l'auteur fait ainsi tourner en boucle trois motivations principales : 1, Huppert va-t-elle réussir à construire ce satané barrage et faire la nique à ces salauds de colons ? 2, vont-ils arriver à récupérer suffisamment d'argent pour survivre ? 3, la fille va-t-elle enfin nous rejouer ce remake de
L'Amant qui nous pend au nez depuis un bon moment ? Rien en dehors de ça, ce qui pourrait être beaucoup, mais pas avec les partis pris de Panh, optant pour un insipide psychodrame de poche, filmant tout avec certes une certaine discrétion distanciée pas inélégante, mais sans jamais donner un contrepoint à son intrigue. Rien ne se passe, les situations semi larvées et vaguement ambigües restant lettre morte. Etrangement, Panh est davantage du côté des colons que des Cambodgiens, condamnés à des rôles de figurants, ce qui n'arrange pas l'affaire lorsque le film tente du bout des doigts de poser un point de vue. Timide, long, faux, à la limite de l'exotisme et d'un romanesque inassumé, ce
Barrage contre le pacifique est submergé par son inconsistance et sa fadeur.
Un barrage contre le pacifique
De Rithy Panh
Avec : Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel, Astrid Berges-Frisbey
Sortie en salles le 07 janvier 2009

Illus. © Diaphana Films
Jérôme Dittmar
Le 06 January 2009