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| . | Les critiques Cinéma |



Ecrivain fantasque et parisienne, Célimène (Chiara Mastroianni) a 35 ans et toute ses dents, dont une contre sa maudite inspiration, en vadrouille ces jours-ci. Sa vie intérieure ressemble à son appartement en travaux, vide et sous plastique. Du coup elle habite chez sa mère, gentille mais envahissante. Un peu foutraque, Célimène préfère se faire appeler Nathalie, fait des gâteaux en dormant, va voir un psy. Parfois elle se cache dans une poubelle, ou décide brusquement d'arrêter de parler. Pas déprimée, non, merci pour elle. Seulement plus envie. Son fils Adam l'aide un peu à garder les pieds sur Terre, mais le syndrome de la page blanche persiste. Quand soudain surgit la lumineuse Anaïs (Agathe Bonitzer, fille de Sophie Fillières), une rouquine de 17 ans qui voudrait bien que Célimène écrive sur elle. Alors elle la suit partout, vole son courrier, essaie de la rabibocher avec son ex, Antoine (Malik Zidi), avec qui elle s'est pourtant « débibochée ». Célimène et Anaïs sont deux êtres aventureux, un peu paumés, très différents mais peut-être faits l'un pour l'autre.
Les personnages de Sophie Fillières parlent peu, mais bien. Chaque scène, filmée en plans souvent statiques mais finement géométrisés à la Tati (cette poignée de main d'un fan hors-champ !), part d'une phrase, voire d'un mot, pour digresser dessus, dessous. Minimalistes, les dialogues ressemblent à des acrobaties jazzy, presque des Gymnopédies, exercices délicats et surprenant comme du Satie, et pianotés sur un tempo lent, dérangé par de vives saillies drolatiques. Ainsi les interventions savantes d'Adam, qui récite ses cours à Célimène, ou lui demande le sens d'un mot apparu dans la scène précédente, sonnent comme de petites touches syncopées, en décalage, appliquées sur un thème majeur : la panne d'inspiration de Célimène, et sa rencontre bizarre avec Anaïs. Dans le même registre musical, et à la manière d'un running gag à moitié camouflé, on retrouve les expressions un peu ridicules de la mère de Célimène - « tout un programme », « ben voyons », « tout juste », etc. - dans la bouche d'Antoine. Les mots entrent en correspondance, de façon drôle et harmonieuse, parfois dissonante, et s'insèrent dans le film comme sur une partition.
Cette précision presque précieuse dans l'usage du verbe et du plan pourrait, par trop de calculs, confiner à l'artificialité, et entacher l'attrait du film. Mais non, Un chat un chat reste un film ludique, singulier et touchant sur la difficulté du rapport à l'autre. Peut-être parce que Fillières dirige ses acteurs de main de prestidigitatrice : un sourcil félin de Chiara Mastroiani levé au ciel, une rougeur sur le visage mutin d'Agathe Bonitzer, une moue de Malik Zidi sortant un chaton de son pardessus, et hop ! Le tour est joué, emballé c'est pesé (et pensé), on y croit fort, à ce petit ballet absurde.
Illus. © Les Films du Losange
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