Un Lac de Philippe Grandrieux


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Le feu sous la glace



Philippe Grandrieux a beau avoir un style reconnaissable en une seconde, il invente avec chaque film un univers neuf. Loin des circonvolutions obscures de La Vie nouvelle, c'est la clarté qui nous éblouit dans Un Lac.

Celle de ce titre, choisissant l'indéfini pour mieux nous ancrer dans une fable universelle. Celle de ce paysage de forêts enneigées, perdues dans un pays qu'on imagine nordique. Celle de ces personnages qui nous sont livrés, comme toujours chez Grandrieux, au plus près de leur corps et de leurs rythmes propres : un frère épileptique, une sœur belle comme le jour, une mère, un père et puis soudain un jeune et bel étranger. 

Un récit tout simple, clair comme ce lac, qui nous rejoue les drames intemporels de l'amour et de la jalousie. On pense beaucoup à la grande littérature russe, paysages aidant. Mais aux mots, Grandrieux substitue l'invention d'un tissu d'images à couper le souffle. Le début du film, avec ces vastes surfaces blanches striées des troncs sombres des arbres semble être tourné en noir et blanc. Comme une vision d'un autre temps, celle d'une nature immense qui ramène l'homme à son petit niveau.

Mais une tension sourde se déploie tout au long du film et brise ce calme apparent. Elle semble prendre naissance dans la main du cinéaste, qui porte sa caméra et signe chacun de ses plans presque à la manière d'un peintre. Une caméra en perpétuel mouvement, qui suit les personnages de prêt, trop prêt, à la recherche de quelque chose qu'on ne peut pas montrer. Une caméra liée au souffle du cinéaste. Et ce souffle, cette tension semble se transmettre comme par contagion dans le corps d'Alexi, le jeune frère dont les crises d'épilepsie font monter une angoisse. Une angoisse - indéfinie - que l'arrivée du jeune étranger va investir et décupler.

Par la simplicité du dispositif (une maison/une forêt/une famille) et par l'incroyable matière visuelle qu'il invente ici, Grandrieux semble se rapprocher des films intimistes de Sokurov. On ressent presque de l'apaisement à la vision d'Un Lac. L'impression, en tout cas, qu'un grand cinéaste a ici atteint la grande forme de son art.

Un Lac
De Philippe Grandrieux
Avec Dimitry Kubasov, Natalie Rehorova, Alexei Solonchev
Sortie en salles le 18 mars 2009

Illus.© Shellac

 

Laurence Reymond
Le 16 March 2009
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