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Ceux qui en attendent du sexe et du graveleux risquent d’être déçus. Tout au plus a-t-on droit à deux ou trois galipettes si peu érotiques et si artificielles qu’elles refroidiraient tout priapisme. En cela, Catherine Breillat reste fidèle à elle-même, loin de la réputation sulfureuse qu’on lui a faite : chez elle, le sexe se dit plus qu’il ne se montre. Le verbe est le vrai moteur du désir, en même temps qu’il en fait l’analyse. La vraie différence de cette Vieille maîtresse avec ses films précédents tient dans autre chose – et pas seulement dans le budget un peu plus conséquent qui lui a été alloué. Elle réside dans ce que ce film est une adaptation de roman, la première de Breillat si l’on excepte celles de ses propres écrits (Une vraie jeune fille, Tapage nocturne, 36 fillette).

De brûlant, le récit, par sa transformation en images, se fait presque glacial. Les esprits chagrins diraient plats et ennuyeux. Ce ne serait pas voir - et partager… - le plaisir de Breillat à le filmer. Cette excitation, elle ne la transmet pas par la facilité du corps dénudé ou d’une exubérance verbale. Non, elle choisit plutôt la voie de la tempérance. Tout au plus, s’autorise-t-elle quelques excès, très brefs, à la limite de l’onirisme, tel Marigny et la Vellini, faisant l’amour nus dans le désert, près d’un bûcher où repose le fruit de leur union. Retenue et recherche de la grâce, telles sont ici les moyens et la fin. Breillat traque cette grâce cachée derrière l’hypocrisie et le mensonge parfois involontaire, étant entendu que nous sommes toujours les premiers dupes de nous-mêmes. Elle regarde les sentiments se débattre dans la fange où chacun cherche à la jeter. Et en retour, elle montre le triomphe d’une passion, certes destructrice mais qui s’affranchit de tout ordre.
Le vœu de la cinéaste est de filmer la beauté. Celle des visages, des corps, du cinéma. Elle cherche à capter ce qui rend l’image si fascinante, si unique par rapport à tous les autres arts. C’est pourquoi elle s’attache à enregistrer chaque geste, chaque parole comme un rituel, un acte sacré. Les choses y acquièrent une résonance étrange, suspendue dans l’air et hors du temps. Il ne faut pas y voir de métaphysique, juste la recherche d’une permanence, d’une transcendance des émotions qui unissent les deux sexes, hors de tout contexte. Par ce geste, Catherine Breillat reste dans le territoire du cinéma, s’éloignant du « tableau vivant » et du théâtre filmé. On peut même dire qu’elle tente de s’y perdre. Car il ne faut pas se méprendre sur sa démarche. Si le ton peut paraître péremptoire, si elle nous assène « ses » vérités, le questionnement et le doute sont toujours là. Breillat ne se ferme pas de portes. Elle est en quête d’un absolu. C’est ce qui rend son œuvre si belle, mais aussi si ouverte à la critique.
Une vieille maîtresse
Un film de Catherine Breillat
Avec : Fu’ad Aït Aattou, Roxane Mesquida, Asia Argento, Claude Sarraute, Yolande Moreau, Michael Lonsdale, Anne Parillaud, Amira Casar, Lio, Caroline Ducey, Isabelle Renauld.
Sortie en salles : 30 mai 2007

Illus. © Studio Canal
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