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L'(anti-)héros du film aurait pu être joué par Allen, mais c'est Larry David (vu dans Radio Days, et New York Stories) qui s'y colle, empruntant au cinéaste son fameux phrasé rapide et bafouillé. Egocentrique, le vieux Boris Yellnikov est un génie, mais aussi un raté. Il est passé (« de peu ») à côté du Nobel de physique (« affaire de politique »), comme de son mariage, et même de son suicide. Misanthrope et atrabilaire, il retrouve la joie de vivre lorsque son chemin croise celui de Melody (excellente Evan Rachel Wood, révélée dans The Wrestler), une jeune ingénue. Fascinée par cet auto-proclamé « esprit supérieur », le jolie blonde gobe toutes ses théories apocalyptiques, et ne tarde pas à s'éprendre de lui.
Dans Scoop déjà, Woody Allen se mettait en scène dans une relation de vieil homme confronté au charme irrésistible de la jeunesse (Scarlett !). Le couple Larry David/ Evan Rachel Wood fonctionne de même : le physicien impressionne la jeunette par son cynisme désabusé, son mépris pour l'humanité (ces « sous-débiles »), tout en sachant bien qu'elle partira tôt ou tard vers un autre plus jeune que lui. Ce jeu de séduction déséquilibré a plus à voir avec le rapport paternel qu'avec le sexe - émouvante lucidité de Woody, ce grand amateur de femmes. Yellnikov incarne en effet un père de substitution pour Melody, en recherche de repères. Charmeur, il lui inculque facilement ses idées de son confortable piédestal, tout en espérant d'elle une rébellion, une distance critique qui l'émancipera enfin.
Comme à son habitude, Woody Allen gave de bons mots la bouche de son héros, plus ou moins drôles (le début est laborieux), souvent en rapport avec l'actualité politique de son pays : le passage de Bush à Obama, la difficulté d'être gay en milieu rural, le ridicule des bigots, le déclin de l'université américaine devenue une usine à « zombies », etc. Yellnikov est une version outrée de Allen, plus pessimiste que l'original sans doute. Il parle d'ailleurs à plusieurs reprise face caméra (habitude de Woody), prenant à parti le spectateur afin d'éclairer quelques scènes de ses piques spirituelles. « J'ai la vision globale, c'est ce qu'on appelle le génie », assène Yellnikov-Allen avec un clin d'œil que l'on pourrait rapprocher de l'immodeste « je pourrais bien avoir réalisé ici mon chef d'œuvre » de Tarantino (Inglourious Basterds). Car on l'a compris, le cinéaste se moque de lui-même, et de son dérisoire pouvoir d'artiste : omniscience du réalisateur d'un côté, et de l'autre, un personnage de vieil excentrique geignard qui ne croit qu'aux hasards et aux coïncidences. Tout le paradoxe d'Allen, à l'œuvre dans ce film mineur, mais plaisant : « le tout, c'est que ça marche ».
Whatever Works
De Woody Allen
Avec Larry David, Evan Rachel Wood, Ed Begley Jr
Sortie en salles le 1er juillet 2009

Illus © Mars Distribution
Eric Vernay
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