Valkyrie de Bryan Singer


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Beat the Devil



Et si Walkyrie, thriller historique aux allures d'épisode un peu raté de Mission : Impossible, cachait une rencontre inattendue entre Bryan Singer et Adolf Hitler ? Et si tout le film n'était même qu'un prétexte ? Pourquoi pas.
On avait laissé Bryan Singer sur le pharaonique et génial Superman Returns. Un film à son image de mégalomane, obsédé par l'identité et la différence, amoureux de personnages à l'intelligence ou la puissance supérieure. Aujourd'hui le wonderboy rêvant du contrôle de l'univers s'embarque sur un thriller historique inspiré de l'Opération Walkyrie, bref moment de gloire pour la résistance allemande qui en 1944 tenta d'assassiner Hitler et renverser son régime. Pas la première fois que Singer s'attaque à l'épineux problème nazi, puisque les plus téméraires se souviendront d'Un Elève doué, fâcheuse adaptation de Stephen King où un teenager se lie d'amitié avec un ex criminel de guerre. Walkyrie a donc tout du deuxième essai. Dans quel but ? D'abord la base. Mené par Tom Cruise, tête pensante et active du complot, le film suit avec une précision méticuleuse chaque rouage de cette tentative de putsch historique. Singer prenant plaisir à filmer la petite mécanique menant ses personnages jusqu'à leur inévitable peloton d'exécution. Pourtant, bien que fidèle aux faits et conscient que même les plus incultes connaissent l'issue de l'intrigue, Singer fait comme si tout cela n'existait pas en adoptant un suspens imprévisible jouant sur l'attente du dénouement. En multipliant les retournements, les contraintes, les accélérations, les doutes, il colle à la peau de Tom Cruise rêvant d'en finir avec le Führer. Et si pendant un moment, on n'est plus très sûr de nous, ensuite tout prend sens.

C'est la force du film, faire provisoirement oublier la réalité (l'échec de l'opération) en détaillant ses mouvements. Plus sous-Mission : Impossible que reconstitution historique, Walkyrie utilise les faits pour créer de l'effet : angoisse, paranoïa, suspens. Contestable, peut-être, mais peu importe (on est loin de l'immonde Liste de Schindler), puisqu'au final Singer assume son parti pris avec une certaine sobriété. Son intrigue évolue sans fioritures, soucieuse d'abord de créer une attente au souffle court pour respecter le climat de suspicion mouvant dans lequel baignent ses personnages. Rien d'inoubliable, l'ensemble manque d'intensité, mais un réel plaisir à suivre un Tom Cruise fonctionnel, soumis avec une rigueur militaire à la mise en scène. Et si les sirènes de l'héroïsme hurlent fort, Singer sait les contenir car son plan, son unique ambition en réalisant Walkyrie, n'est pas de faire un hommage à la résistance nazie. Ni d'offrir à Tom Cruise un rôle respectable. Il est peut-être plus grand, plus fou : concurrencer Hitler. Tout le personnage de Von Stauffenberg n'étant qu'un prétexte permettant à Singer de se mesurer au dictateur. Walkyrie serait une bataille d'ego imaginaire dont le but repose sur le fait de distiller le sentiment, l'idée, que le temps d'un film Singer soit plus fort qu'Hitler, mieux qu'il prenne sa place. Ce qu'il réussit, en créant d'abord l'illusion de sa défaite, puis en l'incarnant lorsqu'il élimine ses personnages. Projet délirant et génial (effrayant ?), Walkyrie en dit long sur la personnalité de Bryan Singer. Vous avez dit prétentieux ?

Walkyrie
De Bryan Singer
Avec : Tom Cruise, Terence Stamp, Kenneth Branagh
Sortie en salles le 28 janvier 2009

Illus. © United Artists

 

Jérôme Dittmar Le 26 January 2009
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