Vendredi 13 de Marcus Nispel


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He's back, again



Avec Vendredi 13, croisement entre le remake actualisé et l'installation, Marcus Nispel confirme ses talents d'habile petit-maître de la série B tout en offrant le meilleur épisode de la saga.
Pas mal ce Vendredi 13. Au regard de ce qu'est devenue la licence, épuisée après dix épisodes dont le dernier avait envoyé ce bon vieux Jason dans l'espace, cette variation, plus que remake, fait même plaisir à voir. On sait que Michael Bay, encore en coulisses, n'avait pas forcément séduit avec les versions customisées d'Hitcher et de Massacre à la tronçonneuse. Pourtant ce dernier, déjà entre les mains du compère Marcus Nispel - sur lequel il faut décidément compter -, nous avait plutôt convaincu à l'époque par sa capacité à tenir l'action tout en revisitant trente ans d'images de cinéma d'horreur. Vendredi 13 est peut-être leur chef d'œuvre. Il n'a pas la puissance de Massacre, mais c'est aussi que le modèle est différent. La saga initiée en 1980 par Cunningham n'a jamais été au mieux qu'une série B au plaisir coupable dont la plupart des épisodes ont été tournés par des tâcherons. Son originalité a toujours reposé sur sa figure emblématique, Jason : un corps massif, sans émotion ni état d'âme, conçu tel un grand trou noir baraqué tuant à l'arme blanche comme une machine. Son masque de hockey sur le visage, le boucher de Crystal Lake a décimé des dizaines de moniteurs de colos et autres campeurs en goguette. Il est un peu l'équivalent de notre croquemitaine, celui qui vient vous attraper parce que vous avez pêché. A son époque, il incarnait la mise à mort définitive des restes libertaires des seventies, un retour du refoulé.

Jason tue, il ne sait faire que ça. Et il a survécu à tout pour venger sa mère, tueur du premier épisode. Ce Vendredi 13 est donc plutôt un remake du 2. En fait, il est plus intelligent que ça. C'est un peu le Psycho de Gus Van Sant : une sorte de reprise, quasi plan par plan, d'un modèle que Nispel duplique avec une assurance tranquille et lucide. On est d'abord soufflé par une intro de quinze minutes conçue comme un hors d'œuvre et un condensé de ce qui va suivre - le film est quasi construit comme une boucle, Jason est plus impressionnant que jamais. Mais plusieurs choses font du film une réussite. D'abord Nispel reprend les bases de Vendredi 13 : une jeunesse dépravée, des figures caricaturales, un humour potache, un espace concentrique, la diversité ludique des meurtres. Tout est là, légèrement actualisé : réaliste, le porno devient l'horizon esthétique de ces jeunes au look Abercrombie & Fitch. La force et le talent de Nispel tiennent à la création d'une parfaite mécanique (celle aussi du serial), reprenant la sécheresse des meurtres commis par Jason, leur brutalité froide, et à la manière dont tout, le récit, les personnages, se lie à elle invariablement. Sans fioritures et somptueusement éclairé par Daniel Pearl, Vendredi 13 ressuscite d'un côté l'horreur 80's avec une fidélité de petit-maître, de l'autre se révèle digne d'une installation déconstruisant les rouages de la saga. De loin le meilleur de toute la série.

Vendredi 13
De Marcus Nispel
Avec : Jared Padelecki, Danielle Panabaker, Amanda Righetti
Sortie en salles le 11 février 2009

Illus.© Paramount Pictures

 

Jérôme Dittmar Le 11 février 2009

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