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Les premiers plans, nocturnes, pourraient sortir d'un thriller. Ann conduit sur l'autoroute, en chasse d'une autre voiture. La caméra frémit, et la musique de Bruno Coulais angoisse déjà, sans qu'on sache bien pourquoi. On est à Choisy-le-Roy, sous la pluie. Cachée derrière le grillage d'un pavillon, Ann surprend un homme (qu'on sait instantanément être son mari) avec une femme, en train de s'embrasser. Surgit alors, de nulle part, Georges (Jean-Hugues Anglade), un ami d'enfance qu'elle avait complètement oublié. Il l'invite à boire un thé chez lui, la tutoie d'office, mais Ann ne peut s'empêcher de le vouvoyer. Déjà en décalage. Son regard est fuyant, ses pensées ailleurs, loin, très loin de ce présent qu'elle a déserté depuis longtemps.
Sans faire de psychologie, Jacquot ausculte en plans incisifs le visage d'Huppert, traque la moindre de ses expressions (un sourire fugace, un regard oblique, une coulée de larmes), surprend ses mouvements, souvent en cours. Le style est nerveux, coupant, la tension permanente. Ann ne dit pas grand chose, mais bouge beaucoup, pressée d'en finir avec son ancienne vie, et surtout de s'en inventer une nouvelle, quelque part. Mais, comme lui fait remarquer son nouvel ami Georges, dévoué et déjà amoureux, disparaître n'est pas si facile, de nos jours. Il lui faut couper sa ligne de téléphone, changer de nom, retirer son argent de la banque, jeter sa carte Visa, quitter son métier de grande pianiste reconnue, et vendre son appartement, après en avoir évacué son encombrant mari (Xavier Beauvois), toujours épris d'elle. On suit intensément cette suite de gestes précis, organisés, mécanique enclenchée pour déconstruire, repartir de zéro, avec pour acmé la violente mais libératrice coupe de cheveux, documentaire, d'Isabelle Huppert.
Cinéaste de la sensation et du mouvement, Jacquot filme un personnage seul, hermétique, mais en même temps ouvert au monde, et dont les actions plus que les paroles distillent des émotions. Lorsqu'elle part de chez elle, vers l'Allemagne, puis l'Italie, Ann rencontre la nature, s'y mêle, fait l'amour à un homme dans les montagnes, puis la planche, seule au milieu de l'immense océan. Cette table rase du passé, vertigineuse, jamais loin de la folie, s'accompagne de relents de la vie d'avant, qui agissent comme des piqûres de rappel. Georges, ou les parents d'Ann, lui renvoient d'autres facettes d'elle-même, parfois douloureuses, mais le plus dur est fait : détruire ce qui est mort en soi, se jeter à l'eau, pour mieux muer, et reconstruire ensuite. Viva Amalia est un magnifique éloge de la fugue - quête de soi synonyme de liberté - qui prend aux tripes et émeut sans prévenir.
Villa Amalia
De Benoît Jacquot
Avec Isabelle Huppert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois
Sortie en salles le 8 avril 2009

Illus© EuropaCorp Distribution
Eric Vernay
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