Visage de Tsai Ming-liang


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Danse avec le Louvre



Quand Tsai Ming-liang tourne à Paris, la lenteur et les silences courent le risque d'égarer le spectateur. Mais Visage n'exige qu'un peu de patience pour dévoiler des trésors de grâce fragile.
Si Le Voyage du ballon rouge (2007) était une commande passée par le Musée d'Orsay au cinéaste taïwanais Hou Hsiao Hsien, Visage constitue cette fois une commande du Louvre à son compatriote Tsai Ming-liang.
Bénéficiant d'une liberté artistique totale, le réalisateur de La Saveur de la pastèque a imaginé l'histoire d'un cinéaste taïwanais (joué par Lee kang-sheng, l'éternel alter-ego filmique de Tsai Ming-liang) qui réalise à Paris un film sur le mythe de Salomé. Très avare de dialogues, le film n'explicite jamais cette situation narrative et préfère enchaîner de longs plans fixes et picturaux, qui ont indisposé le public cannois en mai dernier. Entre les personnages du cinéaste, de l'actrice top-model (Laetitia Casta), de la productrice débordée (Fanny Ardant) et de l'acteur expérimenté/tourmenté (Jean-Pierre Léaud), les liens se dessinent effectivement davantage par l'image et la suggestion que par le scénario et la parole.

Revendiquant la prédominance de la forme sur le récit, Tsai Ming-liang développe à nouveau ses thématiques de prédilection, que sont la solitude et l'angoisse de l'incommunicabilité. Les personnages de Visage se trouvent en effet entièrement livrés à eux-mêmes, prisonniers d'un cadre qui les enferme parfois dans l'inaction totale. Si un tel projet artistique entraîne nécessairement ce qu'on appelle des « longueurs », la sensualité finit par affleurer. Le lent crépitement du désir au sein du froid hivernal, la confiance émue qui s'installe timidement entre deux regards, les déambulations oniriques dans les sous-sols du Louvre...autant d'éléments qui forment une symphonie esthétique pleine de cohérence. Très réussis, les trois numéros musicaux de Laetitia Casta constituent ainsi des bouffées fantasmatiques au milieu d'un univers crépusculaire.

Etablissant des allers-retours permanents entre le désir et la mort, le cinéaste exalte l'impossibilité du contact physique (un voile, un scotch ou un pansement viennent toujours s'interposer entre les corps). Mais, parallèlement à ce constat d'échec, Tsai Ming-liang fait triompher la coexistence de deux sources d'inspirations culturelles : la « seconde Nouvelle Vague taïwanaise », dont il fait partie, et la Nouvelle Vague française, à laquelle il rend hommage à travers la figure tant aimée de François Truffaut, qui revient plusieurs fois dans le film. La séquence dans laquelle Fanny Ardant et Jean-Pierre Léaud (acteurs fétiches de Truffaut) se regardent dans un miroir pourrait ainsi relever du pur hommage théorique et froid, mais elle réussit à créer un parfum inédit, à l'image d'un film inclassable et finalement touchant.

Visage
De Tsai Ming-liang
Avec Lee kang-sheng, Laetitia Casta, Jean-Pierre Léaud
Sortie en salles le 4 novembre 2009

Illus © Rezo Films

Damien Leblanc

Le 03 novembre 2009
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- Tsai Ming-liang sur Flu : lire les critiques de The HoleEt là-bas, quelle heure est-il ? (1998), (2001), Goodbye, Dragon Inn (2003), La Saveur de la pastèque (2005), I Don't Want to Sleep Alone (2007)