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La constance avec laquelle Pixar enchaîne les chefs d'œuvre donne le vertige. On peut trouver des faiblesses à certains titres, la grâce et l'élégance finissent par l'emporter. En témoigne encore WALL-E, mignon petit robot compacteur de déchets que l'on découvre oublié sur une Terre aux paysages post-apocalyptiques.
La première partie du film est un modèle d'économie et de mise en scène : centré sur cette adorable figure anthropomorphique vaquant à son quotidien, chaque espace et objet s'articule dans un double rapport entre découverte et réenchantement. Plus qu'installer un univers, le film explore un monde de détails où nos ruines laissées aux machines s'embellissent de leur singularité oubliée. Un briquet ou un Rubik's Cube collecté par le besogneux WALL-E rappelle la main de l'homme à son origine. Un cœur palpite derrière ces images numériques, comme entre les pinces de ce petit animal sensible et pur chez qui une humanité enfouie sommeille. Ainsi lorsque débarque Eve, sonde blanche et oblongue envoyée par l'homme pour collecter des données, WALL-E tombe amoureux, il rêve de la faire rire, de la protéger, de lui prendre la main, comme dans Hello Dolly, la comédie musicale qu'il regarde en boucle. Ce sera l'une des plus belles histoires d'amour du cinéma et l'amorce de la seconde partie qui, après une longue introduction posant les bases de la fable et des sentiments, vole vers la station orbitale où l'homme est en retraite.
Il faut dire combien cette première partie s'impose par son classicisme hawksien, sa fluidité et sa transparence, ses références à Chaplin comme aux cartoons Warner, réinvention d'un langage universel et suggestif qui se passe de mots. Une magie que la seconde partie néglige un peu pour renforcer la satire d'une humanité obèse et contrôlée par les machines qu'elle a inventé. Construit comme une course poursuite où WALL-E part retrouver sa belle renvoyée sur sa station après avoir trouvé un spécimen de plante, le film transforme alors son robot en élément perturbateur qui dans sa quête amoureuse rendra son humanité à l'homme. Il y a ici des séquences d'une inventivité folle, un génial bestiaire de robots détraqués, une référence appuyée à 2001, une scène de danse cosmique d'une poésie et d'une beauté à pleurer, mais face à l'homme, gros bébé plus déshumanisé que les machines qui l'assistent, le film s'égare un peu. Pas de quoi nuire pourtant à sa puissance théorique ni à sa mise en circulation parfaite des formes ou des sentiments, WALL-E reste exemplaire d'un point de vue esthétique et en terme de construction. Habile, sophistiqué, intelligent, ressuscitant un burlesque oublié tout en laissant la fable ouverte (l'homme est coupable de son asservissement par les machines qui peuvent le sauver comme l'emprisonner), le film d'Andrew Stanton reste un modèle de raffinement et surtout une comédie romantique éblouissante.
WALL-E
D'Andrew Stanton
Avec les voix originales de Ben Burtt, Elissa Knight, Sigourney Weaver
Sortie en salles le 30 juillet 2008

Illus. © Walt Disney Studios Motion Pictures France
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