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Dans l'océan finalement pas si déchaîné du film d'action post-Matrix, Wanted mène sa barque sans avoir à rougir de ses pères. Il s'installe même plutôt avec une aisance toute décontractée, fort et fier de ses effets dont il assume la répétition et le renouvellement. Après les indigestes mais bizarrement fascinants Night Watch et Day Watch, Timur Bekmambetov débarque à Hollywood comme pour boucler la boucle : après deux films influencés jusqu'à l'os par les Wachowski, le Russe part tourner son film d'action aux Etats-Unis. Vendu, à raison, comme un blockbuster estival survitaminé, Wanted ne ressemble pourtant pas à un produit stéréotypé ou un avatar prévisible dans la lignée de ceux qui signaient récemment le magnifique Speed Racer. Tout force plutôt à définir la manière dont il s'en détache, comment il trouve ses marques à partir d'un nouveau territoire où par un savoureux jeu d'importation/exportation il s'accapare une esthétique qu'on croyait saturée jusqu'à la caricature. Car c'est la force de Wanted, d'être celui qu'on croit, de se situer dans un axe de références parfaitement définissables et assimilées, et d'être en même temps un objet déviant qui par son incroyable imbroglio d'images photocopiées à l'excès, finit par trouver son propre style.

C'est le grand atout de Wanted : il arrive après, sans se contenter de seulement imiter ceux qui l'ont précédé ; il reprend, cite à tour de bras, mais sans oublier d'avoir de l'ambition et surtout des idées. Comme avec Nightwatch et Daywatch (en nettement plus regardable), Bekmambetov réussit sa greffe esthétique : à mi-chemin entre l'avant-garde européenne et le blockbuster hollywoodien dernière génération, il truffe son film de mille petites trouvailles visuelles qui font la différence. Pour un visage recouvert de cire tel un Han Solo cryogénisé dans Star Wars ; un personnage traversant la vitre d'un building comme si le verre se collait à sa peau ; une fusillade dans un train déraillant sur un pont au dessus d'un précipice vertigineux ; un gunfight dantesque en double hommage aux Wachowski et John Woo, Bekmambetov triture l'image, invente des trajectoires inédites, joue avec cet écran aux possibilités désormais infinies et créé de micro traumatismes visuels durables. Disciple de Fincher, il sait aussi donner une plasticité aux moments sans action : déformation optique, ralenti, chaque parcelle molle du récit est une occasion pour expérimenter un effet connu, lui trouver une nouvelle logique s'adaptant au contexte ou au mouvement général - comme ces scènes de bureau où le héros subit sa manager monstrueuse et obèse. Il y a ici un réel enthousiasme, une générosité débordante, fonceuse, naïve et décomplexée, émiettant de part et d'autres un humour où l'autodérision n'est qu'une adresse de plus à un spectateur que Bekmambetov veut complice. Habile jeu de surfaces, de miroirs, de signes, comme en témoigne ce gunfight dans une supérette où s'intercalent des publicités et divers packagings, Wanted est parfaitement superficiel et donc profondément indispensable.
Wanted : choisis ton destin
De Timur Bekmambetov
Avec Angelina Jolie, James McAvoy, Morgan Freeman
Sortie en salles le 16 juillet 2008

Illus. © Paramount Pictures France
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