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A ces questionnements politiques, mythologiques, culturels, théoriques, Watchmen ajoute une dimension philosophique, articulée autour d'un groupe de super héros dont Moore explore la psychologie, le passé, l'histoire, et autres liens qui les unissent ou désunissent au moment où ils sont victimes d'un mystérieux complot. Afin de donner une cohérence chaotique à cet ensemble, l'auteur optait pour un récit éclaté où les temporalités se croisent, se chevauchent, se mélangent, avec un procédé d'énonciation multiple à la fois complexe et limpide allant jusqu'à insérer une fiction parallèle. Au scénario et aux planches de Gibbons s'additionnaient des pavés de texte : faux extraits de journaux creusant l'histoire des personnages, faux rapports, tout un assortiment donnant d'amples détails sur le contexte ou pour prolonger la réflexion globale. L'ensemble constituant un objet vertigineux, chargé, non sans faiblesses ni prétentions, mais excusé par l'ampleur sidérante du projet. La dernière page tournée, à l'idée d'un film, on est alors aussi excité que craintif, découragé. Mais pas Zack Snyder, qui après s'être attaqué à l'autre légende du roman graphique, Frank Miller pour 300, a relevé ses manches et s'est lancé dans cette aventure périlleuse : adapter Watchmen au cinéma. Soit.

On regrette alors qu'après un générique bluffant et admirablement synthétique, Watchmen s'enlise un peu dans un grand cut-up fidèle, mais sans distance ni consistance. Snyder a raison de couper, ramasser, évacuer. La gêne vient de cette crainte à récrire plus profondément le script de Moore : garder son univers, ses idées, mais en les adaptant au cinéma, donc en opérant une trahison pour mieux les révéler. Car la pertinence politique et la dimension philosophique en prennent un coup, tandis que la vision dépressive, apocalyptique, cette violence contaminant progressivement le récit, disparaissent dangereusement hors champ - jusque dans un final un brin torpillé et remanié. Il faut pourtant reconnaître que Snyder démontre une maîtrise exemplaire du cadre et des effets. Esthétiquement son Watchmen est parfois soufflant : ralentis troués d'accélération, multiple plasticité des corps, magie digitale de voir s'animer certaines cases de la BD, le travail de composition est solide, sans l'exubérance décomplexée et intrigante de 300. Mais si le style séduit encore, demeure ce problème de rythme, de construction, de regard : Snyder est à la fois trop proche et éloigné de Moore et Gibbons, son film est un compromis. Il veut compenser l'amaigrissement littéraire en misant sur le spectaculaire, mais cela ne suffit pas à créer l'illusion d'un monde au bord de l'abîme. Ce qui est peut-être aussi, et avant tout, une faiblesse de mise en scène.
Watchmen - Les gardiens
De Zack Snyder
Avec : Malin Akerman, Patrick Wilson, Jackie Earl Haley
Sortie en salles le 04 mars 2009

Illus. © Paramount Pictures France
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