Welcome de Philippe Lioret


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Bienvenue à Calais



L'auteur de Je vais bien, ne t'en fais pas s'essaie au drame engagé avec Welcome, sur les sans-papiers de Calais. Malgré une ouverture forte, le film de Lioret s'enlise dans un sentimentalisme agaçant.
Welcome débute fort et bien. Des plans saisissants nous montrent l'oppression des clandestins cernés par les policiers, dans une ville fantôme au bord de la Manche. Bienvenue à Calais, 2008. En pleine nuit, ces sans-papiers grelottants doivent déjouer les contrôles de brigades qui leur sont dédiées, en montant à l'arrière de camions de marchandise. Pour ne pas déclencher les détecteurs de CO2, ils ont trouvé une méthode : se passer un sac plastique sur la tête, au risque d'y rester. Mais quand on a déjà parcouru 4000 km à pied, le risque, on le prend... Le malaise qu'inspire cette ouverture âpre et réaliste se dilue progressivement, à mesure que le film se « mélodramatise » et que la mise en scène de Philippe Lioret se démobilise.

Original, le synopsis tient en peu de mots sur le dossier de presse: « Pour impressionner et reconquérir sa femme, Simon (Vincent Lindon), maître nageur à la piscine de Calais, prend le risque d'aider en secret Bilal, un jeune réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage. » A la nage, carrément, et pour une raison de cœur évidemment (retrouver sa copine). L'amour fait donc à la fois prendre conscience à Simon que la France maltraite les immigrés clandestins, mais également s'entêter Bilal dans un infatigable dépassement de soi. Le film aurait pu être à la fois drôle et tragique comme le récent The Visitor, mais même gavé aux bons sentiments, Welcome échoue à émouvoir : on ne s'attache jamais à ces personnages simplistes, dénués d'aspérités et d'humour - d'humanité, en somme.

Pour ce qui est du constat politique, le film pâtit de la naïveté des dialogues et des lourdeurs de la mise en scène. L'oppression policière, les délits de faciès, l'encouragement à la délation, tous ces thèmes rappelant les sinistres heures de l'Occupation sont certes abordés, mais en marge du récit et de manière maladroite (le ridicule sermon asséné par la femme de Simon au supermarché), voire caricaturale (l'affreux voisin raciste). La réalisation passe-partout de Lioret se contente de nous montrer des gens qui s'aiment malgré leurs différences et/ou la distance, sur un ton souvent plombant, avec musique au diapason, et son lot inévitable de regards intenses qui en disent long. L'ennui n'est jamais loin.

Welcome
De Philippe Lioret
Avec Vincent Lindon, Firat Ayverdi, Audrey Dana
Sortie en salles le 11 mars 2009

Illus. © Guy Ferrandis

 

Eric Vernay

Le 09 mars 2009
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