Wendy and Lucy de Kelly Reichardt


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Voyage en Amérique



Entre fin des utopies et constat économique, Wendy et Lucy peint avec densité et limpidité l'un des portraits les plus poignants jamais vu sur la solitude et l'Amérique.
Il y a deux ans, Old Joy avait révélé Kelly Reichardt, déboulant de nulle part avec un film boisé et existentiel à la beauté invraisemblable. Si le cinéma indépendant américain a encore un sens, elle est son meilleur représentant. Sans pose, tout juste épaulée par Todd Haynes. Son nouveau film, Wendy et Lucy, creuse le même sillon, avec autant d'exigence que d'économie. L'intrigue est de nouveau épurée comme un haïku : une jeune femme un peu paumée et fauchée, Wendy, en route vers l'Alaska dans l'espoir d'une vie meilleure, fait une halte dans un trou perdu de l'Oregon où elle se fait arrêter pour vol dans un supermarché. Durant la garde à vue, sa chienne Lucy, son seul lien affectif, disparaît. Tout le récit reposant alors sur la recherche obstinée de Wendy dans ce no man's land où vit une population fantomatique et cloitrée. C'est l'Amérique des suburbs comme on ne la voit jamais, à nue, sans aucun signe ou effet de style pour charger les images d'une quelconque mythologie cinématographique. Rien de vraiment néo-réaliste non plus, juste un regard cristallin sur cette Amérique du non lieu où s'égare Wendy, figure douce et un peu autiste à la mélancolie opaque.

Dans cette province sans illusions, le souvenir des pionniers, Mark Twain et Kerouac ressurgissent en ombres lointaines. La route, refaire sa vie avec quelques dollars, un vieux rêve. L'espace n'est plus ouvert (à l'autre, au monde), c'est un désert urbain pavé de supermarchés et de parkings où Wendy s'active pour retrouver Lucy, dernière preuve d'altérité à valider son existence avec un charitable employé municipal. Ne lâchant jamais sa lointaine cousine de Rosetta, Reichardt fait naître avec elle un profond sentiment de solitude. Une angoisse de la paupérisation, qui menace et saisit brusquement lors d'une nuit à la belle étoile où un SDF renvoie à Wendy son probable avenir. Le poids impitoyable des réalités économiques s'écrasent alors sur ses épaules pour éclater dans une crise de larmes longtemps contenue. Si le constat est âpre et accentué par la densité implacable du film, à sa façon solitaire, entêtée, Wendy est aussi une résistante. La fin, bouleversante et sublime, ressuscitant l'image classique du vagabond américain avec un mélange d'espoir et de pessimisme lucide.

Wendy et Lucy
De Kelly Reichardt
Avec : Michelle Williams, Wally Dalton, Will Patton
Sortie en salles le 8 avril 2009

Illus © Epicentre Films

Jérôme Dittmar

Le 06 avril 2009
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