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Comme toujours chez le canadien, c'est le langage du rêve qui prédomine, avec ses images violentes, ses mélanges incertains entre le souvenir et le fantasme. Tourné en noir et blanc, le film est littéralement hanté par la voix de Maddin, narrateur comme possédé par son histoire, angoissé lorsqu'il évoque sa mère, révolté quand il aborde les changements radicaux et malheureux infligés à la ville. D'anécdote en fait divers réel, le cinéaste nous plonge au cœur de son double sujet, qui se révèle tout aussi noir que ses fictions. Une ville hantée par des croyances indiennes et le spiritisme, peuplée de somnambules (10 fois plus que dans le reste du monde), où une loi oblige les gens à accueillir les anciens propriétaires de leur maison si jamais ils y retournent par mégarde, dans leur rêve... Des chevaux enfermés par la neige alors qu'ils tentaient de traverser un fleuve, et qui deviennent une attraction très prisée des Winnipegois, pas rebutés par la souffrance qui se lit sur les visages des bêtes... Sous le regard de Maddin, Winnipeg devient une ville mythologique, avec ses épisodes phares et ses héros du quotidien.
Mais l'héroïne centrale du film demeure sa mère. Le cinéaste recrée ainsi sa famille avec des acteurs, dont Ann Savage, qui campe sa mère comme si elle intégrait aujourd'hui cette famille d'une autre époque, 1963 (et la présence du père, mort à cette époque, symbolisée par un monticule de terre dans le salon !). Une mère omnisciente, qui domine chacun de toute sa puissance quasi surnaturelle. Une mère étouffante, capable de lire dans les histoires de ses enfants la vérité enfouie. Lorsque la sœur de Guy revient à la maison affolée car elle vient d'écraser un daim sur la route, la mère lit immédiatement dans l'association du sang, de la fourrure et du capot abîmé l'acte réprouvé avant le mariage que vient de commettre, en effet, la jeune fille. Télépathie, rêve éveillé, cette figure surpuissante règne comme un dragon qui semble dominer toute la ville, assoupie.
A travers ce double portrait, souvent très drôle, Maddin dessine la généalogie de son propre cinéma, et livre une fable finalement très universel sur le lien qui nous unit au foyer, familial ou urbain. Un lien physique, certes, mais bien plus profond. Winnipeg mon amour est une plongée hallucinée dans la danse des fantômes de notre enfance.
Winnipeg mon amour
De Guy Maddin
Avec Ann Savage, Darcy Fehr, Amy Stewart
Sortie en salles le 21 octobre 2009
Illus © E.D. Distribution
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