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C'est peu dire que le film est attendu au tournant et que la Fox, fébrile, mise dessus. On peut difficilement trouver héros plus fédérateur que Wolverine/Logan auprès des amateurs de X-Men. Ses potentialités sont vertigineuses tant par la richesse de sa longue destinée, débutant au 19ème, que sa personnalité violente, romantique et marquée par un passé trouble dont le film tente de raconter l'histoire chronologiquement - là où elle s'étale sur près de 35 ans de comics et pas toujours dans l'ordre. C'est un héros culte et fascinant. Il mérite plus d'un film. On ne peut alors que tomber de son strapontin ou s'avérer sceptique en sortant de la salle. Qu'est-ce qui ne va pas ? Tout ou presque.
Entre fan service et adaptation grand public
D'abord le scénario : une turbo compilation hésitante entre fan service pour les geeks et relecture accessible au grand public. Incapable de trouver l'équilibre idéal, et donc de satisfaire les uns ou les autres, le récit multiplie les passages obligés, sans qu'aucune réelle nécessité ne s'en dégage dans leur association. Entièrement soumis à son script pressé et boulimique (placer un maximum d'éléments du comics), le film enchaîne les situations clés en prenant quelques grosses libertés afin que l'ensemble corresponde à la genèse qu'il veut imposer. En découlent des problèmes de rythme, rien n'a le temps de s'installer, les motivations sont superficielles, et surtout aucun point de vue. Sans parler des dialogues étonnamment insipides et de l'humour tombant à plat comme une mauvaise blague. Dur.
Là où Spider-Man était un récit d'apprentissage, ou les X-Men de Singer une fable sur les minorités et l'identité, Wolverine n'a aucun axe de lecture. Il n'a rien à raconter, juste un biopic informatif se limitant à miser maladroitement sur la dualité entre Wolverine et son demi-frère, Victor Reed/Sabretooth, pour évoquer leurs destinées au gré d'un remix discutable du comics gravitant autour du projet Weapon X. Après donc les présentations (l'enfance, torchée), un générique d'intro sympathique où Logan et Victor vont de guerre en guerre, et un passage express dans une unité de force spéciale, le film se concentre sur la quête de vengeance de Logan après le meurtre de SilverFox (sa femme tuée par Victor). Avec en parallèle, Stryker recyclé en bad guy cherchant à fabriquer la Weapon XI après avoir implanté son squelette d'adamantium à Wolverine.
Erreurs de casting

Mal écrit, mal joué, Wolverine aurait pu se rattraper avec un réalisateur capable à ses commandes. Mais, dans un éclair d'égarement et parce qu'il trouvait des ressemblances entre Logan et le héros de Mon nom est Tsotsi, Jackman (producteur) a demandé Gavin Hood. Si on lui accordait le bénéfice du doute, après projo, on lui donne sans problème sa carte au club de la Ligue des réalisateurs extraordinaires : Simon West, Roger Spottiswood, Michael Apted et Brett Rattner sont ses frères d'arme. Pour situer, Wolverine ressemble à un blockbuster des années 90, avec quelques scènes spectaculaires (l'attaque contre l'hélico, le final) pour donner le change. Aucun style ni ambiance, zéro direction artistique ou d'acteur, le ton frôle parfois bizarrement le nanar, et on prend un peu pitié devant certains effets déjà vus mille fois (le début avec Wade/Deadpool). Hood n'est pas un réalisateur de film d'action, ça se voit.
Distrayant mais gâché
Devant un tel constat, on regrette les Jon Favreau, Bryan Singer ou Sam Raimi. Hood ne sait pas de quoi il parle. Il filme son scénario sans se poser de questions et enclenche le pilotage automatique, avec une capacité stupéfiante à neutraliser l'émotion (cette caméra s'élevant lourdement lorsque Logan tient SilverFox morte dans ses bras). Du boulot de yes men, sans talent, avec un côté daté et aseptisé. Si encore le film avait cette belle esthétique de serial façon Quatre Fantastiques, mais non, Hood ne lui donne aucune identité. Toujours dans l'urgence du récit, il empile les séquences sans imposer une cohérence au personnage et son film. Wolverine est distrayant parfois (point d'ennui), mais creux et sans ambition. On aimerait à la rigueur le regarder d'un œil léger et naïf. Difficile tant son potentiel est gâché. Et qu'on nous dise pas qu'une orientation plus radicale aurait intimidé le public, sinon on ressort les recettes du Dark Knight au box office américain. Méditons.
X-Men Origins : Wolverine
De Gavin Hood
Avec : Hugh Jackman, Liev Schreiber, Ryan Reynolds
Sortie en salles le 29 avril 2009

Illus © Twentieth Century Fox France
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