Zatoichi de Takeshi Kitano

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L'Art du punctum

Diffusé à peine six mois après Dolls, le dernier film de Kitano mêle avec adresse poésie et violence. Juste avant la sortie en France en novembre, compte-rendu à l'issue de la projection au Festival de Venise 2003.

Quelque chose fascine, d'emblée. Un homme, assis, regarde à terre. Les lettres bleues du titre déchirent le silence du plan, en s'imprimant largement à l'écran. Cet homme blond, Takeshi Kitano l'interprète lui-même ; à nouveau dirait-on, tant la sobriété et le léger décalage presque ironique qui le caractérisent, ne finissent plus de déconcerter. On découvre qu'il est aveugle et manie le sabre, qui lui sert de canne, comme un maître use de son fouet, en dressant les autres. Tous ceux qui s'en approchent, à tort, restent cloués sur place et comme zébrés par celui que l'on appelle « le masseur ».

Puis le charme redouble. Est-ce l'impact sonore des coups, l'obscurité envahissante du film ou les couleurs terreuses et la terre de sang qui jonchent le sillon de l'aveugle ? L'attention s'intensifie au fur et à mesure que s'irise la palette de nuances picturales. Mais il n'est jamais question de pose et d'une stylistique appliquée des combats. Tout ce qui envoûte tient, peu à peu, dans l'infinie précision des postures du cadre kitanesque : regards noirs de guerriers aux kimonos serrés laissant sur place badauds et cerfs, décor de western post-médiéval où cohabitent familles, aspirants samouraïs, jeunes geishas et autres clans en conflit.

Zatoichi est une œuvre singulière où tout fait sens. Takeshi Kitano puise dans la culture japonaise des images et des mythes collectifs, aussi bien que des samouraïs. Nul personnage ici, mais une série d'esquisse de soldats ou gardes du corps archaïques. Le cinéaste dessine une communauté puis épure, un à un, les membres qui la régissent. Mais le destin de tous, des puissants aux opprimés, reste à l'image de la nature : monolithique. Le poupon obèse qui beugle dans la campagne fait signe : de touche burlesque, sa silhouette se drape dans l'occurrence, le mythe. D'abord résurgence d'un King Hu flamboyant, le garde du corps surpuissant, chargé de tuer Zatoichi l'aveugle, acquiert ensuite une épaisseur unique, tout en s'inscrivant dans la lignée des yakusas d'Hana-Bi : êtres surpuissants et images muettes qui font la marque du cinéaste.

Aussi, les scènes sublimes de combat ne constituent pas un hommage au wu xiao-pian (film de sabre et de soie). Par leur acuité sonore, leur vitesse abstraite ralentie par les retouches numériques d'éruption de sang, elles en formulent presque le dépassement. Au-delà de cette modernisation, la violence électrique de Zatoichi laisse filtrer des éclats d'une simplicité édifiante. La dynamique des combats se double de visions barbares. La richesse et la beauté du détail multiplient ses sites. Frappe la dégénérescence organique des corps, décimés, désunis et transis par le passage du sabre. La musique se met à doubler la narration : les figurants rythment en cadence le crescendo musical, ici absurde, là bruitiste de quelques saynètes mémorables.

Enfin, les basses électroniques, le montage parallèle qui sidère par sa mesure de la latence et de la redite, structurent la fin du film en apogée, avant le duel attendu entre le garde du corps et Zatoichi. Avec ce ballet final - traverse de disciplines artistiques où se joignent, main dans la main, art du combat, musique, danses traditionnelles et narration cinématographique - le cinéaste compose une œuvre d'exception. La splendeur de Zatôichi se démultiplie. L'art de Takeshi Kitano accède à une pure transcendance.

Zatoichi
Japon - 2003
En compétition officielle à la 60e Mostra de Venise
Réalisé par Takeshi Kitano
Avec Takeshi Kitano
Sortie nationale le 05 Novembre 2003

- Lire aussi Rencontres du Septième Art. Entretiens avec Takeshi Kitano, éditions Arléa.

Gilles Lyon-Caen Le 05 November 2003

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• Casting de Zatoichi

Réalisateur : Takeshi Kitano
Avec : Takeshi Kitano , Tadanobu Asano , Michiyo Ogusu , Yui Natsukawa , Guadalcanal Taka , Daigoro Tachibana , Yuko Daike , Ittoku Kishibe , Saburo Ishikura , Akira Emoto


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