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Présenté dans la sélection officielle Cannes 2006, hors compétition, mais concourrant pour la caméra d'Or, le film Zidane, un portrait du XXI ème siècle est l'œuvre de deux débutants cinématographiques, experts du monde de l'image. Artistes conceptuels contemporains dont les œuvres sont exposées aux musées, donc peu connus du grand public, Philippe Parreno, le Français, et Douglas Gordon, l'Ecossais, ont pu exposer leur idée à la star : suivre au plus près l'évolution du joueur et répondre à cette interrogation enfantine, commune aux trois protagonistes, que devient le joueur adulé lorsqu'il sort de l'écran ?
La meilleure technique au service du meilleur technicien

Malgré cette pléiade de talents, ne le cachons pas, l'exercice de style est un peu délicat, que l'on soit amateur de foot ou non. Certes, le montage essaye d'offrir quelques plages de respiration : coulisses du stade Santiago Bernabeu, un point sur l'état du monde à la mi-temps... Mais c'est largement insuffisant pour ne pas se laisser gagner par un certain ennui. On ne peut pas vraiment envisager de suivre le match et il ne se passe pas toujours grand-chose autour du sujet Zidane. Ceci mis à part, la découverte d'un objet unique peut suffire à justifier un film qui se révèle de façon inattendue.
L'humanisation de Dieu
La première surprise, au vu des moyens énoncés plus haut, provient de la qualité de l'image : loin d'être extraordinaire, celle-ci nous apparaît trop sombre. Il a d'ailleurs été nécessaire de truquer la plupart des plans et notamment d'éclaircir le regard de Zizou...qui reste pourtant dans l'ombre la plupart du temps.
La vraie nouveauté est ailleurs : elle provient de la bande-son. D'une très grande qualité, elle apporte un commentaire neuf sur des images qui ne le sont pas tant que ça. Ainsi, l'incrustation d'une plage sonore où des enfants jouent dans une cour d'école, alors que nous voyons les meilleurs footballeurs du monde à l'image, contribuent à créer un nouvel univers, non dénué de poésie.
Mais c'est la musique, ici, qui emporte notre adhésion. Elle habille et donne son sens à l'image. Elle est notamment remarquable pour isoler l'homme de la foule et des autres joueurs. Zinedine Zidane est, par excellence, celui qui fait jouer les autres, le maestro, le centre névralgique. Pourtant, l'impression qui se dégage rapidement est celle d'un homme seul, chef d'orchestre dont on ne voit que les coups de baguette mais pas leur destinataire. Les accords distanciés, en apparence simple, du groupe écossais Mogwaï (cf. Mogwai fear Zidane sur le blog musique), l'accompagnent magnifiquement. Créant l'attente, suscitant le désir d'envolées magnifiques, la guitare semble se retenir avec l'homme qu'elle accompagne. Elle aimerait éclater de mille fantaisies créatrices, mais, elle aussi, doit répéter des choses simples et basiques. Comme le footballeur recommence ses gammes, bases nécessaires d'une éventuelle fulgurance espérée mais difficile à produire.
Dans cette arène, le joueur reprend peu à peu taille humaine, se rapproche de nous. Car Dieu crache, tombe, bouscule ses adversaires, commet de petites fautes vicieuses, rate un geste, court dans le vide, se gratte les couilles, reprend son souffle, se fatigue dans la répétition. Il réussit aussi, d'une action de classe à faire la différence, concrétise ce pour quoi il est employé, après de nombreux échecs et de multiples frustrations. Voilà donc à quoi ressemble la journée de travail de celui qui se retrouve déifié à son corps défendant. Dans un mimétisme troublant, proche de l'allégorie sociale, il se rapproche encore un peu plus du commun des mortels, en se faisant sortir du terrain, victime de son manque de lucidité... ou d'un grand sens de la mise en scène (carton rouge).
Ainsi, loin de nous retrouver face à un quelconque produit marketing, nous sommes bien devant une œuvre d'art qui va au bout de ses intentions sans volonté de séduire manifeste. Consciente qu'elle laissera du monde sur la touche, elle ne s'en occupe guère car le support Zidane le lui permet. Bien loin des craintes que pouvait susciter un projet qui aurait pu alimenter la déification du personnage, on arrive au résultat contraire : le voir souffrir, s'épuiser et échouer l'humanise d'une façon inattendue et nous le rend encore plus sympathique et proche.
Zidane, un portrait du XXI ème siècle
de Philippe Parreno et Douglas Gordon avec Zinédine Zidane
France, 90 mn, 2005

A lire sur le web : - le site officiel du film - Mogwai, bio et extraits sur Musique Ados.fr
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