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Zodiac, un nom peu connu chez nous mais qui, aux Etats Unis, reste associé à l’une des affaires criminelles les plus médiatisées du XXème siècle. Ce pseudo fut utilisé par un tueur en série dans des lettres cryptées qu’il envoyait à la presse durant les années 1970. Sa véritable identité ne fut jamais percée à jour, du moins officiellement. Ce mystère allié à sa propension à jouer avec le public et ses peurs a fait de cet homme une célébrité du crime. Son aura de terreur, galvanisée par la presse, fut telle qu’elle nourrit nombre de rumeurs et fictions, dont la poursuite du Scorpio dans Dirty Harry. Ce potentiel à fantasmes, David Fincher nous le ressert aujourd’hui, près de quarante ans après le début de l’affaire, mais d’une manière inattendue, loin des clichés et des approches convenues et spectaculaires.
Une enquête vouée à l'échec

Le passé remis à jour
Car, au delà de la traque, de sa description, le cœur profond du film semble l’écoulement des jours et des années, ce temps qui passe et jette le monde dans le révolu, l’abîme du passé. Une certaine forme de mélancolie, voire de nostalgie, le traverse, mais sans aucune tristesse. Courant sur plus de vingt ans, de 1969 (date à laquelle le tueur envoya ses premières lettres) jusqu’au début des années 1990 (où l’identité probable fut sans doute confirmée sans pour autant être prouvée), le récit remet à jour le passé. Il redonne vie à San Francisco et ses alentours, à des personnes réelles (dont le journaliste qui suivit toute l’affaire et écrivit le livre dont est inspiré le film), et surtout à une époque à la fois si loin et si proche, les seventies. Dans ce temps qui court, sans espoir de retour, on voit les hommes sombrer ou s’isoler, voués à une vérité fuyante et obsédés par une affaire qui petit à petit perd de son sens. Ils baignent dans un temps où le fait divers commence à devenir le maître étalon de la chose médiatique sinon politique. Cynisme et bêtise tendent à marcher main dans la main.
Une démarche poétique
Avec finesse, Fincher nous peint un moment de l’Histoire sans téléphone portable ni ordinateur ultra rapide ; un moment où les procédures policières sont lentes, lourdes, maladroites, parfois inefficaces. Mais il semble clairement nous dire que cette inefficacité est aussi le garant d’une certaine liberté. Si l’assassin court toujours, c’est aussi parce qu’en ce temps-là, chacun n’était pas mis en fiches et classé en code ADN. Fumer et boire n’étaient pas encore des comportements délictueux, voire criminels. La tentation de surveillance généralisée n’était alors que techniques balbutiantes. Avec Zodiac, le cinéaste regarde une époque qu’il semble parfois regretter sans pour autant en cacher les travers.
S’inspirant du style « lent » des années 1970 sans le pasticher (contrairement à l’erreur commise par Spielberg dans Munich), aidé par l’écran large et une belle image numérique HD, il donne à chaque personnage la possibilité d’exister. Relativiste, son regard conjugue le passage du temps à une certaine absurdité. Une démarche poétique qui tend, à l’heure où l’occident se gargarise de sécurité et de contrôles individualisés, au politique. Zodiac serait donc pour David Fincher le film de la maturité, celui d’une profondeur dont on le pressentait capable sans toujours nous satisfaire. Comme quoi, le temps peut aussi faire son travail en bien, lentement mais sûrement.
Zodiac
Réalisé par David Fincher
Avec Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr, Mark Ruffalo
Sortie en salles le 17 mai 2007

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