Un simple coup d'œil à la filmographie de François Berléand impressionne : en à peine plus de trente ans, l'acteur compte plus de 170 apparitions au cinéma et à la télévision. Autant dire que depuis trois décennies, il fait partie du paysage, qu'il est un peu partout, qu'on a vécu avec lui, parfois sans le savoir, sans le remarquer, d'autres en ne voyant que lui, inoubliable pour de simples petits moments ou des interprétations taillées sur mesure. Avant d'être l'un de ces éternels seconds rôles à la reconnaissance tardive, Berléand commence par suivre des études de commerce où il s'initie alors au théâtre. Ses études terminées, il s'inscrit au cours d'art dramatique de Tania Balachova, où il rencontre le metteur en scène Daniel Benoin, avec qui il travaillera au théâtre de 1974 à 1981. Après avoir fréquenté le Splendid, le jeune acteur fait ses premiers pas au cinéma par un second rôle dans le beau
Martin et Léa (1979) d'Alain Cavalier, l'histoire d'un drame amoureux -réalisateur qu'il retrouvera dans
Un étrange voyage (1981), avec
Jean Rochefort.
A partir des années 80, François Berléand obtient une pléiade de seconds rôles divers et variés dans des films aux multiples genres : polar avec
La Balance (Bob Swaim, 1982) ; comédie avec
Marche à l'ombre (
Michel Blanc, 1984) ; drame historique avec
Au revoir les enfants (1987) de
Louis Malle, qu'il retrouve sur
Milou en Mai (1990) ; biopic avec
Camille Claudel (Bruno Nuytten, 1988). C'est aussi l'époque de sa rencontre avec
Pierre Jolivet dont il deviendra l'acteur fétiche et fidèle :
Strictement personnel (1985),
Le Complexe du Kangourou (1986),
A l'heure où les grands vont boire (1993),
Fred (1997),
En plein coeur (1998),
Le frère du guerrier (2002,
Filles uniques (2003),
Je crois que je l'aime (2006), ou encore
Ma petite entreprise (1999), pour lequel il obtient le César du meilleur second rôle. Durant les années 90, il croise la route de quelques auteurs réputés lui offrant des personnages de plus ou moins grande importance :
Bertrand Tavernier pour
L'Appât (1995) et
Capitaine Conan (1996) ;
Jacques Audiard pour
Un héros très discret (Id) ;
Benoît Jacquot pour
Le Septième ciel (1997) et
L'Ecole de la chair (1998) ;
Nicole Garcia pour
Place Vendôme (1998) ;
Catherine Breillat pour
Romance (1999) ;
Alain Corneau pour
Le Prince du Pacifique (2000).
Consécration tardive et omniprésence
Quoique omniprésent, éclectique, à l'aise dans la comédie populaire ou le film d'auteur, Berléand peine toutefois à s'imposer encore comme un acteur de premier plan aux débuts des années 2000. On se l'arrache, son agent artistique fait remarquablement bien son travail, mais il n'a pas encore trouvé le film qui le mette lui seul en vedette pour le rendre inoubliable. En 2002, alors qu'il retrouve
Nicole Garcia pour une apparition dans
L'Adversaire, et qu'il vient amuser la galerie dans
Le Transporteur 2 (
Louis Leterrier),
Guillaume Canet lui offre la vedette de son premier film,
Mon Idole. Berléand fait des merveilles dans le rôle de cet animateur télé cynique et odieux, le public le découvre enfin (alors que pourtant), sa carrière prend un nouveau souffle. On retrouvera par ailleurs le tandem Canet/Berléand dans
Narco (Tristant Aurquet et
Gilles Lellouche, 2004) et
Ne le dis à personne (2006), le thriller inoffensif mais encensé par le public signé à nouveau par
Canet.
Toujours aussi prolifique, le comédien continue de truster les castings avec des succès (artistiques et commerciaux) fluctuants : proviseur autoritaire dans
Les Choristes (Christophe Baratier, 2004) ; convoyeur de fonds à bloc dans le polar
Le Convoyeur (
Nicolas Boukhrief, Id) ; mari d'
Isabelle Huppert dans la comédie
Les Sœurs fâchées (Alexandra Leclère, Id) ; PDG sans scrupules dans
L'Ivresse du pouvoir et écrivain pervers dans
La Fille coupée en deux (
Claude Chabrol, 2006-2007) ; employé de bureau dans l'adaptation française de la série télé britannique
The Office,
Le Bureau (Nicolas et Bruno, TV,Id), entre autres. Décidément dans tous les genres possibles, il est également à l'affiche de
Différence c'est que c'est pas pareil (2008), une comédie de Pascal Laethier ;
Le Transporteur 3 (Id), film d'action signé du tâcheron Olivier Megathon ;
Micmacs à tire-larigot (2009), comédie satirique de
Jean-Pierre Jeunet, avec un casting all stars :
Dominique Pinon,
Dany Boon,
Albert Dupontel... ; et enfin
Kalach (Id), un polar signé par l'inénarrable Commissaire Moulin, Yves Rénier, qui passe pour la première fois derrière la caméra. Berléand y côtoie
Gérard Depardieu,
Mathilde Seigner et
Gérard Lanvin, que du gratin, si on veut.