Gabriele Muccino, enfant prodige et exemplaire de l'ère berlusconienne, s'est rendu célèbre en Italie et ailleurs en 2001 en signant
Juste un baiser, puis cinq ans plus tard avec son premier film hollywoodien,
A la recherche du bonheur. Né à Rome, il abandonne ses études pour devenir assistant des réalisateurs Pulpi Avati et Marco Risi, avant de s'inscrire au Centro Sperimentale di Cinematografia en 1991. Il travaille ensuite sur des documentaires et des films courts pour la RAI ; tourne un segment du film collectif en faveur de la multi culturalité et de la différence,
Intolérance (
Max suona piano, 1996) ; puis réalise enfin son premier long métrage en 1998,
Ecco Fatto : une comédie romantique teintée de noirceur sur l'histoire d'un étudiant tombant amoureux d'une femme plus âgée. Le récit montre comment le héros devient progressivement jaloux et paranoïaque, au point de faire sombrer sa relation aussi vite que la perspective de réussir ses examens à l'université. Muccino se fait alors remarquer et son film est en compétition au festival de Turin. Trois ans plus tard, le cinéaste repart pour l'école avec
Comme toi (1999), dans lequel il suit un groupe de lycéens romains décidant d'occuper leur établissement scolaire pour manifester contre sa privatisation. Ici Muccino se focalise sur un personnage moins intéressé par son activisme politique que par l'opportunité de draguer les filles. Une autre comédie romantique aux accents aigre doux qui privilégie l'émotion et les sentiments. Le film est récompensé et nominé dans plusieurs festivals internationaux (Bruxelles, Paris, Buenos Aires).
En 2001, Muccino se lance dans une évocation douce-amère de la vie quotidienne et conjugale d'un groupe de trentenaire avec
Juste un baiser. Le film fait un triomphe au box office en Italie mais laisse sceptique la critique de ce côté des Alpes. Peu importe,
Juste un baiser fait le tour du monde, Miramax propose à Muccino un contrat pour deux films, et on achète son scénario en vu d'un remake qui sortira en 2006 : l'horriblement petit bourgeois
The Last Kiss (Tony Goldwyn) avec
Zach Braff. Hélas, Muccino n'arrive alors pas à s'entendre avec le studio américain et repart pour l'Italie où il tourne
Souviens-toi de moi (2003), une étude de mœurs avec
Monica Bellucci qui retombe dans les travers de son film précédent : une description stéréotypée des petits problèmes existentiels et sentimentaux bourgeois qui, par manque de tenue, sombre dans l'hystérie et la démonstration. Le film est néanmoins salué en Italie et distribué sur tous les continents. Ses différents succès lui permettent alors de concrétiser l'expérience avec Hollywood en 2006 pour
A la recherche du bonheur, l'histoire vraie d'un veuf (
Will Smith) qui, se retrouvant au chômage et à la rue avec son fils, fait tout pour remonter la pente et réussir dans le monde de la finance. En dépit du succès critique et public, le film repose sur une interprétation abjecte du rêve américain où le matérialisme est roi et les pauvres responsables de leur propre sort. Le bonheur, c'est ici l'intégration au prix d'une humiliation constante et de grands patrons représentés tels des sains, des modèles. Will Smith est montré comme un esclave rentrant dans le rang avec le sourire. Comme on ne change pas une équipe qui gagne, l'acteur et Muccino enchaînent sur
Sept vies (2008), une fable anti nihiliste.