Gary Oldman c'est un peu la promesse d'un diamant brut né dans les nineties que les années 2000 n'auront pas réussi à ciseler. Avant d'être un acteur polymorphe et sempiternellement border line, il grandit dans la banlieue de Londres. Son père alcoolique quitte le foyer alors qu'il a sept ans. Doué pour la musique durant son enfance, il décide de devenir acteur après avoir vu Malcom McDowell dans
Raging Moon (Bryan Forbes, 1971). Après des études d'art dramatique au Rose Bruford College dont il sort diplômé en 1979, il parfait sa formation au Greenwich Young People's Theatre, puis fait ses premières armes sur les planches où il reçoit en 1985 le prix du meilleur acteur. Il obtient son premier rôle au cinéma en 1982 dans
Remembrance (Colin Gregg, 1982), puis s'impose en 1986 en jouant
Sid Vicious des
Sex Pistols dans le biopic d'Alex Cox, film id=2686]Sid and Nancy
Prick Up Your Ears (1987), le biopic de
Stephen Frears. Son allure de chien fou au regard perçant va vite lui coller à la peau. Après une tentative un peu ratée chez l'un des auteurs britanniques les plus doués et mésestimés,
Nicolas Roeg, dans
Track 29 (1988), et un thriller oublié de
Martin Campbell (
Criminal Law, Id), il joue Shakespeare avec son ami
Tim Roth dans le sympathique
Rosencratz et Guildenstern sont morts (Tom Stoppard, 1990).
A partir de 1990 Gary Oldman débute sa carrière aux Etats Unis. Il entame celle-ci chez
Phil Joanou, dans son unique chef d'œuvre, le thriller opératique
Les anges de la nuit, où face à
Sean Penn infiltré dans la mafia irlandaise, il incarne un voyou psychopathe et écorché vif. Sa performance malade prouve encore sa capacité à tutoyer des personnages à moitié fou, ceux abîmés par la drogue ou l'alcool, prêts à basculer dans la violence d'un claquement de doigt. Folie clinique encore, il se fait connaître aux USA en interprétant un pathétique Lee Harvey Oswald dans
JFK d'
Oliver Stone (1991), puis, plus romantique et tourmenté, il devient
Dracula pour
Francis Ford Coppola (1992), peut-être l'un de ses plus beaux rôles. Suivront une apparition dans
True Romance (
Tony Scott, 1993), un autre psychopathe mais grotesque dans
Léon de
Luc Besson (1994), qu'il retrouve en 1997 pour
Le Cinquième élément, puis folie toujours avec
Meurtre à Alcatraz (Marc Rocco, 1995), et ridicule avec le romantique et horrible
Les amants du nouveau monde (
Roland Joffé, Id). Après une apparition dans
Basquiat (
Julian Schnabel, 1996) il devient terroriste dans le nanar patriotique de Wolfgang Petersen,
Air Force One (1997), puis criminel en fuite dans le nanar cosmique de
Stephen Hopkins,
Lost in Space (1998).
Alors que sa carrière d'acteur commence à prendre du plomb dans l'aile (ce n'est que le début), Gary Oldman passe à la réalisation avec une chronique réaliste sans concessions,
Ne pas avaler (1997), accessoirement produit par
Luc Besson. Sur fond d'alcool (beaucoup), de drogue et violence, l'auteur dépeint une vie de famille brutale inspirée de ses souvenirs d'enfance. Un film pesant dans la lignée du réalisme social britannique de
Ken Loach, en plus radical, sombre, dur, malade. Malheureusement le film sera un peu son baroud d'honneur. A la suite de ça, il s'égare entre la télévision et le cinéma qui n'a plus beaucoup à lui offrir. On le voit en 2001 dans
Hannibal (
Ridley Scott), on le croise dans la série
Friends, on entend sa voix dans des jeux vidéo. En 2002, il joue le diable face à
James Brown pour
Tony Scott dans
Beat the Devil, un court-métrage réalisé pour la série de publicités de luxe
The Hire, en association avec BMW. On le retrouve alors avec joie dans l'un de ses rôles délicieusement baroques et barrés. Après plusieurs années d'errance, il retrouve enfin quelques seconds rôles dans des productions plus prestigieuses (conduites par des britanniques), Harry Potter d'abord pour
Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban (
Alfonso Cuaron, 2004),
Harry Potter et la coupe de feu (
Mike Newell, 2005) et
Harry Potter et l'Ordre du Phénix (
David Yates, 2007), où il joue Sirius Black ; puis chez
Christopher Nolan dans
Batman Begins (2005) et
The Dark Knight (2008), qui battra le record de recettes historique en un week-end détenu par
Pirates des Caraïbes 2. Sa carrière enfin relancée, il également à l'affiche du thriller horrifique de David S Goyer,
The Unborn (2009), de l'adaptation d'un conte de Dickens par
Robert Zemeckis,
A Christmas Carol (Id), et du film d'action tourné au Japon
Rain Fall (Max Mannix, Id).