La classe, l'allure, l'élégance, le charme, l'humour, le goût, l'intelligence et un certain bon sens moral et politique, voilà ce qui pourrait définir l'un des plus grands sex symbols d'Hollywood depuis le milieu des années 90 : George Clooney. Depuis la série
Urgence où il fût révélé au grand public, il est devenu une star, du gros calibre, de ceux qu'on écoute, qu'on regarde et qu'on respecte, avec qui on est ami. Lui par contre n'en fait qu'à sa tête. Et s'il a bien commis quelques erreurs de parcours en sortant de ses barreaux cathodiques, depuis il fait ce que bon lui semble. Il travaille pour les projets qu'il aime ou pour ses amis, les cinéastes dont il se sent proche, quand il ne réalise par lui-même ses films ou alerte par le biais de l'ONU du génocide au Darfour. Ami de
Steven Soderbergh, modèle récurrent pour les
frères Coen, producteur avisé, Clooney peut tout se permettre sans écorner sa popularité, immense, planétaire. Il ne peut certainement pas tout jouer, mais tout essayer sans se ridiculiser. L'autodérision étant l'une de ses meilleures armes, celle de son honnêteté, intellectuelle et artistique, et tant pis si son action politique semble un peu trop polie et consensuelle chez nous. Clooney se rêve surtout en acteur de la trempe d'un Cary Grant, en comédien classique, celui d'un âge d'or hollywoodien qu'il vénère, parce que érudit, passionné, amoureux, et qu'il cite dès que possible s'il est face à un journaliste un brin plus cultivé et moins crétin que la moyenne. Eternel célibataire dont les frasques amoureuses font les choux gras des rubriques people, il entretient avec le sourire son image d'objet à fantasme pour une gente féminin qui n'en finit pas de se pâmer pour lui. Sa nonchalance fait rêver, son naturel et sa farouche indépendance en font un marginal respectable, un amant idéal qu'on chérie secrètement dans son petit cœur en compagnie de millions d'autres fans. C'est aussi ce qu'on appelle un acteur populaire.
Des débuts difficiles
Avant d'être la star la plus responsable et engagée d'Hollywood, Clooney passe son enfance à Augusta, une petite ville du Kentucky. Son père, Nick, est un présentateur de talk-show télé de bonne réputation, et sa mère, Nina, une ex reine de beauté. George passe alors sa jeunesse sur les plateaux où officie son père en donnant un coup de main de temps à autres. Amateur de baseball, il tentera une carrière professionnelle en 1977, mais en vain. S'étant découvert une passion pour le théâtre durant ses années d'études, il fait ses premiers pas sur scène au lycée, puis entre à la Northern Kentucky University en 1979 où il ne se révèle guère être un élève studieux. Après plusieurs échecs à l'université et avoir travaillé comme vendeur de chaussure pour dames et de costumes pour hommes, George décide de son avenir lorsque son cousin, l'acteur Miguel Ferrer, se rend chez lui pour le tournage d'une série B dans laquelle il fera de la figuration. L'expérience l'invite alors à devenir acteur, et ainsi de s'envoler pour Los Angeles en 1982 avec de l'argent gagné en coupant du tabac. Au volant de sa vieille guimbarde qui le lâchera en chemin, il part pour Berverly Hills afin de s'installer chez sa tante, la chanteuse Rosemary Clooney, pour qui il servira un temps d'homme à tous faire. Après quelque temps il décroche enfin ses premiers rôles, une publicité japonaise pour Panasonic, une apparition dans la série
Riptide (1984), une autre dans
Tonnerre mécanique (1985). Un peu plus tard, on le voit enfin au cinéma dans plusieurs nanars d'épouvante comme
Predator : The Concert (1987),
Return to Horror High (Bill Froehlich, Id), et le fameux
Retour des tomates tueuses (John De Bello, 1988), célèbre depuis par sa présence.
D'E/R à ER : Hollywood is mine
Multipliant les castings pour la télévision, il obtient son premier rôle récurrent dans la sitcom
E/R en 1984, un titre amusant puisqu'il évoque celui d'
Urgences en version originale
(ER). L'acteur y joue déjà un médecin travaillant aux urgences, dix ans avant celui qui va le faire exploser sur le petit écran. Malgré ses nombreux échecs, Clooney persévère et s'acharne à percer dans des séries comme
Rick Hunter (1987) et
Arabesque (Id). Il trouve petit à petit des rôles récurrent :
Drôle de vie (1986/1987),
Baby Talk (1991), qu'il quitte après s'être embrouillé avec le producteur,
Roseanne (1988/1991), ou encore
Enquête privée (1992/1993) et
Les Sœurs Reed (1993/1994), dans lesquelles il interprète à chaque fois un inspecteur de police. Pas loin de jeter l'éponge, Clooney, qui tente de faire sa place depuis maintenant dix ans dans le métier, trouve enfin la série et le rôle qui vont le lancer, le Dr Ross d'
Urgences, qu'il tiendra de 1994 à 1999, avec sur la fin des passages plus sporadiques. Le succès est vite au rendez-vous et les choses vont alors se précipiter en peu de temps. Deux ans après le début d'
Urgences, Clooney rejoint le jeune texan
Robert Rodriguez pour tourner avec
Quentin Tarantino dans
Une Nuit en enfer (1996). Un film d'action, gore, où il affronte une horde de vampires dégénérés perdue au milieu de l'Amérique profonde, tout ça après avoir passé près d'une heure entre bagnole et motel avec un Tarantino sadique et pervers. Un rôle parfaitement à contre courant de son personnage de docteur love, et pourtant furieusement sexy (on se souviendra de son tatouage tribal, effet garanti). Suivront dans la foulée
Un beau jour (Michael Hoffman, Id), une comédie romantique avec
Michelle Pfeiffer,
Batman et Robin (
Joel Schumacher, 1997), le pire rôle de sa carrière, ce qu'il ne manquera pas de traiter avec autodérision en disant qu'il a tué la franchise (le plan rapproché sur ces fesses en marquera par contre plus d'une, et plus d'un). La même année, il est enfin à l'affiche de son peut-être dernier film accepté par compromis,
Le pacificateur (Mimi Leder, Id), un mauvais film d'action avec
Nicole Kidman, qui, pas tout perdu, deviendra une amie.
Soderbergh et les Coen
En 1998, première collaboration avec son futur fidèle ami,
Steven Soderbergh, pour
Hors d'atteinte, un thriller cool adapté d'Elmore Leonard où il drague
Jennifer Lopez. L'alchimie entre l'acteur et la chanteuse est parfaite, le film est sexy, chaloupé, stylé, et Clooney plus torride et charmeur que jamais en braqueur débonnaire. La même année, preuve de son nouveau statut à Hollywood, il fait une brève apparition dans
La Ligne Rouge de Terence Malick (Id), puis enchaîne sur
Les Rois du désert de David O'Russell avec
Mark Wahlberg (1999). Malgré une collaboration extrêmement difficile avec le réalisateur qui n'a pas la réputation d'être très aimable sur les plateaux, cette farce sur la première guerre du Golfe habilement emballé dans un film d'aventure et d'action remporte un joli succès critique. Une première incursion pour Clooney dans un cinéma qui veut faire débat et rappeler à l'Amérique une certaine conscience politique Après avoir enfin arrêté
Urgences, l'acteur se consacre davantage au cinéma et retrouve
Mark Wahlberg dans
En pleine tempête (Wolfgang Petersen, 2000) où il part à la pêche au gros et affronte intempéries et autres vagues géantes démesurées. A priori blockbuster à effets spéciaux, le film se révèle au final une vraie chronique, détaillée et sensible, d'un milieu, d'une population, d'un métier, d'hommes et de leur rapport au quotidien et cette nature dont ils sont dépendants. La même année, premier rôle pour les
frères Coen, ses futurs collaborateurs, dans
O'Brother (Id), une comédie délirante dans l'esprit du burlesque des années 30 à partir de l'Odyssée d'Homère. Clooney en fait des caisses, mais se fait remarquer.
Ocean's et confessions
Par amitié pour Rodriguez, Clooney fait ensuite un cameo dans
Spy Kids (2001) ; il se lance dans la production avec
Point Limite de Stephen Frears (2000),
Rock Star (Stephen Herek, 2001),
Insomnia (
Christopher Nolan, 2002) ou encore
Loin du paradis (
Todd Haynes, 2003) ; puis il emballe pour Soderbergh dans
Ocean's Eleven (Id), aux côtés de
Brad Pitt,
Matt Damon,
Don Cheadle et Bernie Mac. Remake du film éponyme avec
Frank Sinatra et
Dean Martin,
Ocean's Eleven est un succès roublard, un film cool et frimeur qui s'assume en tant que tel, sans jamais se vouloir retors dans la construction d'une intrigue digne des meilleurs films de braquage. Clooney comme les autres vient pour s'amuser, jouer de son charme et ses œillades célèbres, pour le plaisir simple de flamber avec générosité. La fine équipe se trouvera avec un casting mis à jour dans
Ocean's Twelve (2004) et
Ocean's 13 (2007) pour un succès public constant en dépit d'œuvres qui s'essoufflent. En 2001, après les attentats du 09/11, Clooney fait parler de lui en soulevant des fonds pour les victimes, autre témoignage de son engagement. L'année suivante, il fait une brève mais mémorable apparition dans
Bienvenue à Colinwood (Anthony et Joe Russo, 2002) et signe son premier long-métrage,
Confessions d'un homme dangereux, sur un scénario de
Charlie Kaufman et avec Sam Rockwell. L'histoire vraie d'un producteur télé prétendant avoir été un tueur de la CIA. Par la suite, Clooney ne va cesser d'alterner entre des rôles pour Soderbergh et les
frères Coen. Pour le premier :
Solaris (2002), remake lounge du film culte de Tarkovski ;
The Good German (2006), un hommage peu passionnant au film noir ; et la série des
Ocean's. Pour les seconds :
Intolérable Cruauté (2003), tentative poussive de ressusciter la screwball comedy des années 30 avec Catherine Zeta Jones en argument sexy ; et
Burn After Reading (2008), dans lequel il fait à nouveau équipe avec
Brad Pitt.
Clooney director et pacificator
Entre deux tournages pour les Coen et Soderbergh, Clooney décroche l'Oscar dans le thriller géopolitique démonstratif et pédagogique
Syriana (Stephen Gaghan, 2005), dont il est aussi producteur, puis devient la star du premier film de
Tony Gilroy, le remarqué
Michael Clayton (2007). En parallèle il tourne ses deuxième et troisième longs métrages :
Good Night and Good Luck (2005) et
Jeux de Dupes (2008). Le premier revient sur une émission télé qui a fait tomber le sénateur Joseph McCarty dans les années 50, il sera encensé par la critique ; le second est une tentative d'hommage à la screwball comedy, toujours, et en particulier au cinéma de Preston Sturges, dont Clooney est un admirateur, et se fera dégommer par la presse. Clooney manquant de style et de talent dans sa mise en scène, tout en forçant un peu trop sur la ressemblance avec Cary Grant. Attendu enfin au doublage du premier film d'animation du très respecté et talentueux
Wes Anderson,
The Fantastic Mr Fox (2009), et de
Men Who Stare at Goats (Grant Heslov, 2010), George Clooney est également célèbre pour son engagement politique et moral, notamment dans le conflit au Darfour - sur lequel il a réalisé avec son père un reportage puis un documentaire,
A journey to Darfur, tournés in situ. Il a aussi alerté l'opinion publique et les gouvernements à travers différentes tribunes, notamment à l'ONU en septembre 2006, en Chine avec l'acteur
Don Cheadle, et en rédigeant un courrier à Angela Merkel destiné à l'Union européenne. Il est aussi le narrateur et co-producteur du documentaire
Sand and Sorrow (Paul Freedman), sur la crise au Darfour. On le sait enfin engagé dans la cause écologique et naturellement un démocrate plus que convaincu défenseur de
Barack Obama. Il est devenu la bonne conscience glamour d'Hollywood.