Guy Ritchie ou le roi de la frime. En l'espace d'une poignée de films, mêlant esthétique pompière, rebondissements à gogo, dialogues pur jus infusés à l'humour british, points de vue chorals et malfrats déjantés, cet Anglais discret a été rapidement promu nouvel espoir du cinéma britannique. Pourtant, à trop vouloir être virtuoses, ses petits œuvres « au noir » ne révèlent finalement rien d'autre que leur roublardise et le sentiment de confusion qui les anime.
Peu doué pour les études, Ritchie abandonne l'école à l'âge de 15 ans et gagne dès lors sa vie en multipliant les petits jobs. Mais traumatisé depuis l'enfance par
Butch Cassidy et le Kid et
L'Arnaque de George Roy Hill, Ritchie a un plan : suivre les traces de son idole. Loin de toute formation académique, qu'il juge ennuyeuse, il fait progressivement ses armes en travaillant sur divers spots publicitaires et clips musicaux. En 1995, bien décidé à concrétiser enfin son rêve, il se lance dans le projet de
The Hard Case, un court-métrage qu'il écrit, réalise et auto-finance, qui de fait servira de prequel à son premier long, le polar
Arnaques, crimes et botanique (1998).
Les aventures des quatre acolytes hauts en couleurs d'
Arnaques, crimes et botanique, menés par l'impressionant
Jason Statham et le footballeur-apprenti acteur Vinnie Jones, vont rapidement enflammer le public britannique, même si à l'origine, suite aux refus d'une dizaine de distributeurs nationaux, le film sortira, grâce à l'impulsion de
Tom Cruise, sous les couleurs américaines de la Columbia Tristar. Estampillé nouveau génie du cinéma de Sa Majesté, grâce à son sens de l'esbroufe (visuelle et narrative) hérité de ses années publicitaires et surtout clipesques, Ritchie décroche ainsi une pléiade de nominations et de prix pour ce coup d'essai savamment orchestré. Sur sa lancée, fort de ce succès, il enchaîne, toujours dans le même registre, avec le bien nommé
Snatch, tu braques ou tu raques (2000).
Désormais attendu comme le nouveau
Tarantino, alors qu'il lorgne clairement du côté de
Scorsese, Ritchie continue donc son exploration du milieu londonien en proposant une nouvelle relecture du film de gangsters, dont la référence en la matière demeure pour lui
L'Ultime Razzia de
Kubrick. Remarquablement servi par une galerie de personnages déjantés, Snatch bénéficie surtout d'une interprétation savoureuse, toujours en la personne de Statham, rejoints par les hollywoodiens Brad Pitt et Benicio Del Torro, tous en mode jubilatoire. Doué d'un certain art du portrait, Ritchie noie pourtant ces qualités dans une pseudo intrigue à tiroirs, une mise en scène tapageuse et un montage haché menu, le tout surmonté d'une bande son aussi omniprésente qu'épuisante. Véritable attrape-nigauds, Snatch continue néanmoins d'être l'objet d'un culte étrange dont la raison repose essentiellement sur son caractère jouissif et faussement transgressif.
En pleine ascension, le réalisateur décide, l'année suivante, de joindre l'utile à l'agréable en dirigeant sa nouvelle épouse Madonna dans The Hire (2001), l'ambitieux projet publicitaire produit par BMW films. Comme Ang Lee, John Frankenheimer ou Ridley Scott, Rtichie réalise donc un des courts-métrages mettant en scène Clive Owen en super chauffeur de luxe. Avec sur la banquette arrière, la chanteuse en star arrogante, prête à recevoir une leçon de vie (et de conduite) par The Driver. Creux, répétitif et surtout ennuyeux, Star laissait déjà totalement présager des dérives formelles de Ritchie, sans compter son manque de discernement quant au talent d'actrice de sa femme.
Pourtant, il persiste en 2002 avec justement A la dérive, le remake d'une comédie romantique italienne de 1974, où Madonna fait dans la lutte des classes. D'une nullité sidérante, le film reçoit évidemment un accueil glacial, à part aux Razzie Awards où il rafle la mise toutes catégories confondues. Plombé, Ritchie mettra trois années avant de finaliser
Revolver (2005) qui marque son retour certes aux sources, mais aussi à ses vieux travers et obsessions. Nouveau film d'arnaque porté par Ray Liota et le fidèle Statham,
Revolver se prend majestueusement les pieds dans le tapis. Embrouillé, boursouflé et caricatural, le film témoigne surtout de l'incroyable prétention de son auteur à vouloir révolutionner un genre dont il n'est qu'un bien modeste artisan.
Une confirmation que viendra sûrement apporter, après
Supect (TV, 2007),
Rock'NRolla (2008), avec Gérard Butler,
Thandie Newton et
Jeremy Piven. Régulièrement abonné aux rôles d'allumés en tous genres, il est fort à parier que ce dernier sera parfaitement à son aise dans l'univers clinquant et résolument maniériste de Ritchie. Le vent du changement soufflera peut-être alors sur son prochain projet, une énigmatique adaptation du classique de Conan Doyle,
Sherlock Holmes (2009), interprété par le très charismatique Robert Downey Jr, et dans le rôle de son comparse, le Dr Watson, un choix plus qu'intriguant en la personne de
Jude Law.